Journal de bord de St-Jean-de-Luz / Jour 1 : Hugo Becker, Lucky, Simon et Théodore

Pendant toute la durée du Festival International du Film de Saint-Jean-de-Luz, retrouvez chaque jour sur FrenchMania une interview d’un des membres du jury ainsi que les critiques des films en sélection.

3 questions à Hugo Becker, membre du jury 2017

Comment définiriez-vous votre mission de juré ?

On dit souvent qu’un jury doit  juger les candidats, les films sélectionnés, et là je me suis dit, merde, pourquoi j’ai accepté d’être de ce côté de la barrière. Parce que je crois en effet que si on fait ce métier de comédien, de réalisateur ou d’auteur, enfin n’importe quel métier ayant un rapport avec la création artistique, ce n’est certainement pas pour juger. Pour ma part, j’envisage plutôt mon rôle de juré de cette manière : mettre en avant des films, avec leurs qualités ou leurs faiblesses. Je crois aussi qu’être sélectionné dans un festival, c’est déjà une victoire. Tu viens pour rencontrer un public, pour projeter ton film, tu es déjà mis en avant. Si le jury t’octroie un prix, c’est presque la cerise sur le gâteau. C’est bizarre une sélection, c’est très subjectif, et là, ce que je trouve super, c’est qu’on est sept passionnés de cinéma et qu’on discute, qu’on échange sur les films. Il y a beaucoup d’écoute, tout le monde est curieux de l’avis de l’autre. C’est très riche d’avoir leur point de vue, d’autant plus que j’apprécie beaucoup mes camarades au sein de ce jury, le travail de chacun. C’est donc une expérience très agréable.

Pour mieux connaître vos goûts en matière de cinéma, un coup de cœur et un coup de gueule récents ?

J’ai eu deux coups de cœur récents, Le Redoutable de Michel Hazanavicius, parce qu'”ainsi va la vie” hein, et que l’adéquation du fond et de la forme était vachement bien vu, les partis pris de mise en scène m’ont plu. Puis j’ai adoré Le Prix du succès de Teddy Lussi-Modeste. J’ai trouvé les critiques très injustes envers ce film. Mon coup de gueule irait plutôt dans ce sens, un coup de gueule contre les critiques qui n’ont pas défendu ce film modeste mais hyper solide et sensible, ni les comédiens merveilleux qui sont dedans.

Vos projets à venir ?

Je serai prochainement à l’affiche du film de Xavier Durringer, Paradise Beach. On a fait les dernières journées de tournage à Paris, qui sont en réalité les premières scènes du film, et on a eu la chance de voir quelques images, et ça nous a tous beaucoup enthousiasmés. C’est avec Sami Bouajila, Kool Shen, Tewfik Jallab, Seth Gueko et Hubert Koundé. C’est l’histoire d’une descente aux enfers d’une bande de voyous exilée en Thaïlande. J’ai adoré faire ce film, et on peut en avoir différentes lectures, ça parle d’amitié, des paradis qu’on se construit et dans lesquels on peut se perdre aussi…

Propos recueillis par Ava Cahen et Franck Finance-Madureira

 

LES FILMS DU JOUR

Lucky de John Caroll Lynch (en compétition)

Acteur bien connu des aficionados des frères Coen (Fargo) et des fans de séries (The Walking dead ou American Horror Story pour ne citer que les plus populaires), John Carroll Lynch ouvre la compétition avec Lucky, son premier film comme réalisateur. Lucky est un vieil homme (Harry Dean Stanton) qui vit au rythme d’une routine bien établie : mots croisés, café au lait, mouvements de yoga entre deux taffes, visites au “diner” et à l’épicerie du coin, jeux télé et bloody mary. Chronique douce de la fin d’une vie dans un bled du sud des Etats-Unis, le film multiplie les pistes émotionnelles et discursives, les seconds rôles typés (mention spéciale à David Lynch) sans jamais s’appesantir ou verser dans les recettes scénaristiques faciles. Dernier film de l’immense Stanton, disparu le mois dernier et ici mis à nu de façon inédite, Lucky gagne en force symbolique.

F.F-M

Simon et Théodore de Mikael Buch (en compétition)

Six ans après Let My People Go, “french comédie” qui mettait en scène les déboires d’un jeune juif homosexuel interprété par Nicolas Maury, Mikael Buch revient sur les écrans avec une nouvelle comédie dramatique sur l’adolescence et la paternité. Deux histoires s’entremêlent : celle de Simon d’abord, trentenaire instable sur le point de devenir père, et celle de Théodore ensuite, adolescent teigneux élevé seul par sa mère. Élève de Rivka, femme rabbin qui est aussi la compagne de Simon, Théodore apprend son talmud pour préparer sa bar-mitzvah, lui qui veut devenir un homme, un vrai. Mais situation de crise, Théodore fugue. C’est alors Simon qui part à sa recherche, lui dont Rivka doute des capacités à s’occuper d’un enfant. Dans cette course à l’émancipation et la confiance en soi, les questions existentielles les plus essentielles sont débattues par les deux fuyards : l’innocence, la foi, les liens du cœur et ceux du sang, l’expérience, l’ascendance. Malgré une partition musicale un peu lourdingue, Simon et Théodore séduit par sa délicatesse, tant esthétique que scénaristique (dialogues au cordeau), et ses comédiens. En tête, Félix Moati qui interprète Simon, épais, juste, attachant, émouvant.

A.C