Journal de bord de St-Jean-de-Luz / Jour 3 : Sarah Stern, Gringe, Jusqu’à la garde et Le Semeur

Pendant toute la durée du Festival International du Film de Saint-Jean-de-Luz, retrouvez chaque jour sur FrenchMania une interview d’un ou deux des membres du jury ainsi que les critiques des films en sélection.

3 questions à Sarah Stern, membre du jury

Comment abordez-vous votre rôle de jurée ?

Ce n’est pas la première fois que je suis membre d’un jury, mais je ne l’avais jamais été pendant toute une semaine ! J’éprouve avant tout un grand plaisir de spectatrice, de cinéphile. D’avoir le devoir de regarder trois films par jour, je pense que si je pouvais être payée pour ça, je le ferais sans hésiter. Aux sélectionneurs, aux festivals, à bon entendeur (rires). Pour le moment, je ne pense pas du tout au fait qu’il va falloir donner des prix. Je me laisse embarquer par les films et on verra par la suite. Pour l’instant, tout est très ouvert.

Quel est votre dernier coup de cœur au cinéma et, plus généralement, quelque chose qui vous déçoit ou déplait en tant que spectatrice ?

Ces derniers temps, je découvre ou redécouvre certains vieux films comme A bout de course (Running on Empty) de Sidney Lumet que j’ai trouvé magnifique. J’ai aussi vu Les Merveilles d’Alice Rohrwacher, un super film italien qui était en compétition à Cannes en 2014. Mais récemment, c’est Barbara que j’ai vu en salle et que j’ai trouvé assez virtuose. Je n’ai pas de coup de gueule en particulier, ou de déception. J’ai des goûts très éclectiques, je ne dis pas ça pour être langue de bois ! Tout est une question de disposition. Parfois, on n’est pas disposé à ressentir un film, et c’est d’autant plus bizarre quand tout le monde a été ému par un film et pas toi. Ça ne veut pas dire que le film n’est pas réussi, c’est purement subjectif en fait. Mais je ne suis pas du genre à abimer le travail de quelqu’un…

Quand est-ce qu’on vous retrouve au cinéma ?

J’ai joué dans un film qui va sortir prochainement sur Netflix. C’est mon premier premier rôle. Ça s’appelle Les goûts et les couleurs, et c’est le premier film produit par Netflix en France. C’était une super expérience de tournage et ça sortira début 2018.  J’ai aussi tourné dans un film russe qui fait scandale là-bas qui s’appelle Matilda d’Alexei Uchitel, film pour lequel j’ai joué en russe et dans lequel j’interprète une danseuse du Bolchoï ! Rôle de composition total. Et sinon, je suis également dans Les Tuche 3 qui sort en février. Je tombe amoureuse d’un intellectuel interprété par Nicolas Maury. J’ai adoré jouer avec lui. Je me suis vraiment bien marrée.

Propos recueillis par Ava Cahen et Franck Finance-Madureira – Photo : Chris Huby / Agence Le Pictorium

3 questions à Gringe, membre du jury

Comment abordez-vous votre rôle de juré ?

C’est la première fois que je suis membre d’un jury ! On est venu à Saint-Jean-de-Luz avec mon pote Orel (Orelsan, Ndlr) il y a deux ans pour présenter Comment c’est loin. C’était je crois la première projection publique et le film a fait son petit bonhomme de chemin. J’ai été hyper flatté et touché que Patrick (Fabre, le directeur artistique du festival, Ndlr) fasse appel à moi et je rencontre des gens formidables. J’avais une appréhension car j’ai l’anxiété facile et passer une semaine avec des gens de cinéma qui est un milieu que je découvre … Je me suis demandé ce que j’allais avoir à faire. Avoir une expertise sur chacun des films ? Je me suis dit qu’il fallait que j’y aille avec mon ressenti et c’est très plaisant puisque nous sommes tous dans l’échange, dans le dialogue et dans le partage. C’est chouette, on a chacun des avis tranchés, on discute bien. C’est une super expérience.

Quel est votre dernier coup de cœur au cinéma et, plus généralement, quelque chose qui vous déçoit ou déplait en tant que spectateur ?

J’ai vu un film espagnol qui est un huis-clos dans un bar. Huit personnes d’horizons totalement différents se retrouvent dans un café par un concours de circonstance. Le quartier est bouclé suite à un fait divers et ils sont piégés et, suite à une fuite dans les médias, la décision est prise de les éliminer un par un. Du coup, il y a une guéguerre entre eux pour savoir qui va se faire flinguer le premier, qui peut être sacrifié, sur qui ils peuvent compter et comment s’échapper. C’est incroyable de justesse dans la mise en scène et dans le jeu (Si quelqu’un retrouve le titre de ce film, la rédaction de FrenchMania est preneuse, Ndlr). Et j’ai découvert la série Ozark sur Netflix et je me suis laisser embarquer alors que je suis très difficile. C’est hyper fin et ça tient en haleine. J’ai repris la série Sherlock Holmes dont j’avais adoré la première saison avec sa mise en scène et ses comédiens incroyables et l’amorce de la deuxième m’avait fait chier et puis finalement, un an après, j’ai fini par la reprendre et j’ai kiffé, c’est très étrange. Sinon je suis très fan de cinéma chinois et coréen et J’ai rencontré le diable (Kim Jee-woon, 2010), c’est dans mon top 5 à tout jamais et je suis toujours à l’affut de ce qui se fait dans le cinéma asiatique.

Quand est-ce qu’on vous retrouve au cinéma ?

Le 1er novembre sort le film d’Olivier Marchal, Carbone,  et j’ai joué dans deux autres films cet été : Les Chatouilles d’Andréa Bescond et Alex Métayer qui est l’adaptation de son seul en scène à elle et j’ai joué un prof de sport dans un film de Sébastien Marnier (Irréprochable) qui s’appelle L’Heure de la sortie avec Laurent Lafitte, Emmanuelle Bercot, Grégory Montel et Pascal Greggory, un casting incroyable ! Et c’est un film de genre, un thriller de science-fiction à la française qui va être super je pense ! Cela se passe dans un collège avec plein de jeunes comédiens qui sont tous des tueurs et qui m’ont donné des leçons de cinéma. En tournant Comment c’est loin j’ai eu le déclic, j’ai ressenti cette évidence de jeu, je me suis dit « Putain, je me sens à ma place » … J’ai eu de la chance d’avoir fait ce film avec mon pote, mes potes, et d’avoir raconté cette histoire qui nous appartenait et qui était plutôt confortable à jouer. Je suis un amoureux des comédiens depuis ce premier film et j’ai la chance de tourner avec des gens très doués dont c’est le métier depuis longtemps et j’apprends juste ne les observant. Pouvoir les approcher de si près et leur donner la réplique, je suis béni !

Propos recueillis par Ava Cahen et Franck Finance-Madureira – Photo : Elisa Parron

LES FILMS DU JOUR

Jusqu’à la garde  de Xavier Legrand  (en compétition)

Attention, film coup de poing. Xavier Legrand nous invite dans le quotidien d’un couple qui se sépare et le rythme cardiaque s’accélère. Tout commence dans le bureau de la juge aux affaires familiales. Une scène magistrale qui pose les enjeux du film : Miriam veut protéger son fils alors mineur d’un père abusif, mais Antoine nie avoir un comportement violent. La juge tranche et la garde des enfants est partagée. Commencent alors les épreuves et les supplices, le cauchemar d’une mère et de son fils, la spirale de la violence et le régime de la terreur. La tension monte crescendo jusqu’au finish, explosif. Jusqu’à la garde ne lâche rien, son écriture est incisive, sa mise en scène, précise, métrique. Porté par un Denis Ménochet et une Léa Drucker au sommet, le premier long métrage de Xavier Legrand épate autant qu’il bouleverse. La surprise vient de la sobriété de ce drame pourtant dense qui fait la nique à tous les clichés que le sujet pouvait porter en lui. Il a même soufflé la Mostra de Venise, le jury l’ayant doublement récompensé (Meilleur Premier film et prix de la mise en scène). Chapeau. A.C

Le Semeur  de Marine Francen  (en compétition)

1852. Dans un petit village montagnard français, des hommes disparaissent. Petit à petit, il n’en reste plus aucun. Les femmes sont alors livrées à elles-mêmes, et si elles apprennent vite à survivre par leurs propres moyens, se pose fatalement la question démographique. Espèce menacée. Un pacte est alors scellé : si un homme débarque, toutes devront se le partager. Après des mois passés dans l’isolement le plus total, la providence conduit un bel et sombre inconnu jusqu’à elles. La suite, vous la devinez. Scénario prévisible mais réalisation avantageuse, Le Semeur, adaptation de L’Homme semence de Violette Ailhaud, soutient la thèse de l’impossibilité d’un monde sans hommes. A l’origine, un géniteur, et des femmes qui deviennent toutes des mères par peur de s’éteindre – au second plan, la guerre. Curieux. Pas suffisamment sensoriel, pas suffisamment substantiel. A.C