Journal de bord de St-Jean-de-Luz / Jour 5 : Anne Marivin, Lola Doillon, Le Rire de Madame Lin et Sparring

Pendant toute la durée du Festival International du Film de Saint-Jean-de-Luz, retrouvez chaque jour sur FrenchMania une interview d’un ou deux des membres du jury ainsi que les critiques des films en sélection.

3 questions à Anne Marivin, membre du jury

Comment abordez-vous votre rôle de jurée ?

Ce qui est génial, c’est que personne n’est dans le jugement. On sait tous à quel point c’est difficile de faire un film, surtout un premier film. Alors je pense qu’on est tous bienveillants parce qu’on a aussi ça en tête. Je fais juste ce que j’adore faire en fait : aller dans une salle, voir des films, en discuter, dire ce qui nous a le plus touchés, mis les poils… C’est ça qui m’intéresse, distribuer des bons et mauvais points, non. Je serais incapable de le faire, j’ai trop de respect pour le travail des autres. Il y a bien sûr des films qui me mettent en colère et mon avis peut être tranché, mais j’essaie toujours de trouver quelque chose de positif.

Quel est votre dernier coup de cœur au cinéma, et un rendez-vous manqué s’il y en a eu un ?

Oui, avant le festival j’ai vu 120 Battements par minute et Une vie violente que j’ai adorés !

Vos projets à venir ?

Écoutez, pour l’instant, tout est en suspens. Cette année, j’étais dans trois films, dont le Lucas Belvaux (Chez Nous, mais aussi Baby Phone et L’Embarras du choix, Ndlr). Et ces trois films m’ont rendue heureuse pour différentes raisons. Les propositions que j’ai eues récemment ne m’ont pas emballées. Donc là je patiente, comme plein de moment de ce métier d’acteur. En réalité, il y a bien deux films dans lesquels je vais jouer prochainement, mais les dates ont été reculées, donc patience !

Propos recueillis par Ava Cahen et Franck Finance-Madureira – Photo : Chris Huby / Agence Le Pictorium

3 questions à Lola Doillon, membre du jury

Comment envisagez-vous votre rôle de jurée ?

Je n’envisageais pas grand chose ! Quand on est juré, c’est le plaisir de découvrir des films avant tout qui prime. Et quand je dis découvrir des films, ce n’est pas seulement les juger, mais véritablement les découvrir comme un spectateur lambda et d’être touché ou pas. Ce qui compte pour ma part, c’est d’être touchée, émue, par des acteurs, un scénario, une mise en scène… On a vu cette année de très bon films, intéressants, variés, et c’est plus compliqué pour délibérer, mais c’est très riche. Avec le jury, on parlait des films en sortant de la projection, et c’était bien de partager ses réactions à chaud, c’est un premier baromètre. La discussion à 7 ouvre le débat. On a tous une analyse ou une approche un peu différente.

Quel est votre dernier coup de cœur au cinéma, et un rendez-vous manqué s’il y en a eu un ?

Oh, j’ai adoré la série Transparent ! Voilà, ça vient du cœur là, j’y pense spontanément. Transparent m’a beaucoup touchée. Il y a des maladresses, mais les personnages sont dingues, chacun a une forme de fantaisie. Au cinéma, je dirais Dunkerque, que j’ai vu un peu de temps après sa sortie. Pas de rendez-vous manqué. Je suis ouverte à tous les genres, à tous types de films. Le but, c’est d’être surprise. Je ne m’intéresse pas aux étiquettes, j’aime les décoller.

Vos projets à venir ?

Alors, je suis sur plusieurs projets à la fois, et on verra lesquels mordent en premier, pour l’instant, c’est un peu flou donc je ne m’avance pas. J’ai hâte en tout cas.

Propos recueillis par Ava Cahen et Franck Finance-Madureira – Photo : Chris Huby / Agence Le Pictorium

LES FILMS DU JOUR

Le Rire de Madame Lin  de Zhang Tao  (en compétition)

Histoire de famille dans un village de paysans chinois de la province du Shandong, Le Rire de Madame Lin est un film sur la fin de vie très particulier. Après une chute, cette pauvre Madame Lin n’a plus le droit de décider de son sort. Ses enfants, tous aussi odieux et avides d’argent les uns que les autres, vont l’héberger à tour de rôle dans l’attente qu’une place se libère à l’hospice-mouroir du coin dans lequel ils veulent la placer. C’est là que la vieille femme commence à développer un tic exaspérant pour son entourage : elle est prise de crises de rire nerveux inexpliquées. Même si l’on sort du cliché sur le fameux respect ancestral dû aux aînés, les scènes s’enchaînent sans que la réalisation ne mette quoi que ce soit en relief : engueulades violentes,  événements tragiques et petites magouilles financières, … Madame Lin est souvent hors-champ, bord-cadre, et le personnage a du mal à exister. Cette histoire atypique aurait mérité une progression, des creux et des bosses, une direction d’acteurs plus maîtrisée et des partis pris de mise en scène plus tranchés. F.F-M

 

Sparring  de Samuel Jouy  (hors compétition)

Steve Landry n’a plus le modjo. A 40 ans, c’est un boxeur rincé, et les fins de mois sont de plus en plus difficiles à boucler. Avant de raccrocher les gants, pour ne pas passer pour un loser auprès de sa femme et sa fille, il accepte un dernier contrat et devient le sparring partner d’un grand champion durant sa préparation. Il ne s’agit pas seulement de faire le punching-ball humain mais de rendre les coups, de rivaliser pour donner plus de consistance à l’entrainement. Si Steve se fait d’abord laminer, sa détermination lui vaut de garder sa place. Efficace, Sparring raconte à la fois la traversée du désert d’un boxeur qui espère encore revenir sur le devant du ring et les tourments d’un père de famille qui craint ne de pas être à la hauteur. Mathieu Kassovitz est convaincant dans la peau de cet homme blessé et acculé. Une performance sur laquelle repose essentiellement le succès du film. A.C