Journal de bord : Laëtitia Eïdo raconte le tournage de la saison 2 de la série FAUDA (semaine 3)

A l’occasion de la sortie DVD de la saison 2 de FAUDA – série israélienne au succès planétaire et de sa diffusion sur Netflix fin juillet, nous avons demandé à l’actrice franco-libanaise Laëtitia Eïdo – aka Dr Shirin El Abed – de se livrer à un exercice singulier : tenir un journal de bord du tournage de cette deuxième saison tant attendue. Nous vous en proposons sa version longue, semaine après semaine. Immersion. 

JOURNAL DE BORD – SEMAINE 3

De la réalité à la réalité, en passant par la fiction

Par Laëtitia Eïdo

Ça fait déjà 18 jours que je suis là et je réalise que je n’ai toujours pas touché la mer alors que j’y habite à 15mn à pied. Je ne suis pas allée dans un bar non plus, ni dans un restaurant, je n’ai fait que… travailler, faire du yoga et méditer pour rester en forme et pouvoir bien… travailler. Mais je n’ai pas vraiment le choix avec autant de texte dans une langue que je ne maîtrise pas et qui à l’écran doit avoir l’air de m’être naturelle – même si je suis autorisée à avoir un petit accent, ayant un personnage franco-palestinien. Mais je me dis que, vu les retours que je reçois sur la première saison, sans aucun doute, ça vaut le coup de travailler autant !

Cette troisième semaine est l’une des plus chaudes de l’été, il fait presque autour des 37 degrés à Tel Aviv et davantage dans le Sud, tous les jours. On a généralement des journées de 10 à 12h, mais cette semaine, le taxi avec lequel on tournait – dans une zone totalement retirée – est tombé en panne… Le temps de remorquer le taxi (jusqu’à un point où l’on pouvait imaginer qu’il était arrivé tout seul en état de marche) et de tourner les scènes à l’extérieur de la voiture, la journée a duré… 16 longues heures. Sous un soleil de plomb, mais dans un décor incroyable : une fabrique de béton abandonnée. Au sol, des milliers de litres de béton sec avaient créé une surface cirée, parfois friable. Les cuves rouillées et le vent dans les oliviers alentours rendaient l’atmosphère complètement irréelle… Résultat de cette journée, un acteur déshydraté à l’hôpital, un autre “hors service” pour cause de nausées et ma cheville râpée sur le béton lors d’une scène d’action. Mais ce n’est rien comparé à l’excitation qui commence à monter quand le réalisateur nous annonce que le monteur a commencé à éditer les premiers épisodes et que la Première de la saison 2 aura lieu dans quelques mois à Los Angeles !

Une visite surprise

Lors de ces heures d’attente, j’ai eu l’occasion de discuter avec l’un des membres de l’équipe au sujet de la réception de la série dans le pays, et sur la manière dont elle avait changé sa perception de la réalité. Il est Juif israélien et m’explique que son fils n’avait jamais eu l’occasion de parler à un Arabe israélien (musulman ou chrétien) parce que le quartier dans lequel il vit est assez peu mixte et que “l’occasion ne s’est jamais présentée” (20% d’Arabes israéliens = Palestiniens de 1948 qui vivent en Israël). Après avoir travaillé sur cette série, il a décidé d’inscrire son fils a des cours d’Arabe et à des activités extra-scolaires où il pouvait côtoyer ses “voisins” bien plus naturellement.

Une après-midi de tournage sous un immense pont qui ne semble traverser qu’une étendue désertique, l’agitation monte, une équipe de tournage arrive, puis une jeep aux fenêtre noires, précédée et suivie de deux véhicules… Soudain le bruit qui courait se confirme, le présentateur télé Conan O’Brien vient nous rendre visite sur le plateau pour l’une de ses émissions. Il et un grand fan de FAUDA !
Il vient tous nous saluer, il est impressionnant. Il me confie à quel point il aime la série et qu’il se sent comme un enfant quand il rencontre dans la vie réelle des acteurs qui interprètent des personnages qu’il aime… C’est un très joli moment.

“Comment va Docteur Shirin ?”

Avi Issacharoff est un journaliste spécialiste du Moyen-Orient et le co-créateur de la série avec Lior Raz. Il parle couramment Arabe et connait très bien la situation géo-politique passée et actuelle. Il est un point de repère pour moi (pour plus d’infos sur  sur lui  : https://www.timesofisrael.com/writers/avi-issacharoff/).

Avi est le premier avec qui je suis allée déjeuner en arrivant pour le tournage. J’étais assez anxieuse et avais mille questions à lui poser, sur le conflit, sur ce qu’ils avaient voulu faire passer comme message en créant le scénario, sur son parcours, ses expériences sur le terrain (il a fait partie, comme Lior, de l’unité spéciale d’agents infiltrés du Mossad), sur ses espoirs de paix ou sur son point de vue sur les évolutions possibles de la situation dans la région. Evidemment un seul déjeuner n’a pas suffi, mais j’ai été rassurée sur leurs intentions et j’ai pu me mettre plus sereinement au travail. Avi est une personne très calme, il est très doux et pondéré, on l’écoute attentivement parce que c’est un puits de connaissances “de terrain”, ce qui est rare. Il dit toujours aux journalistes que partout où il est allé dans le monde pour présenter FAUDA, on lui a demandé : “Comment va Docteur Shirin ?“… Il a été un soutien très discret et rassurant sur la qualité de mon travail tout au long du tournage de ces 2 saisons.

(A Suivre …)