Laëtitia, un documentaire de Julie Talon

Boxe, blanc d’œuf et démystification

Tous les marqueurs du film de boxe sont présents dans le documentaire de Julie Talon consacré à la championne du monde de boxe thaï Laëtitia Lambert. La dureté des entraînements avec des « sparring partners » masculins donne lieu à de belles scènes, qui semblent quasi chorégraphiées. La vie de Laëtitia est rythmée par les « encouragements-vociférations » d’un entraîneur fort en gueule qui annonce le programme , « Dans les 3 mois à venir tu vas en chier ! », mais également par ses relations avec son fils qu’elle élève seule.

L’intérêt du film, c’est d’avoir choisi de faire le portrait de cette jeune femme-là. Une femme qui doute, qui se bat au quotidien pour s’en sortir, qui a des complexes (« Si j’avais plus de poitrine, ça compenserait presque au niveau des bras »). Face à la discipline de fer, à l’obsession du poids et au régime faisselle-sauna-blanc d’œuf, face aux risques du métier (« Un jour il faudra penser à arrêter » lui rappelle son ophtalmo !), l’athlète imparfaite est débarrassée du statut d’icône, de l’exemplarité attendue du « sportif-de-haut-niveau-à-la-vie-parfaite », une démystification en règle.

S’il était intéressant et original d’éviter le côté spectaculaire de la vie d’une sportive, on reste un peu frustré côté sport, l’angle choisi atténuant à la fois l’intérêt et la dimension cathartique des rares et courts combats de boxe montrés dans le film. On aura également des réserves sur les (rares) moments de dialogue avec la caméra (et/ou la réalisatrice) qui ne sont pas utiles, surtout au vu du dispositif immersif du film. Reste l’impression d’avoir fait une jolie rencontre.

Réalisé par Julie Talon. Avec Laëtitia Lambert . Durée : 1h20. France

Photo : Copyright La Huit