Le Chemin de Jeanne Labrune

Immersion sensorielle

La nature est un temple où de vivants piliers laissent parfois sortir de confuses paroles / L’homme y passe à travers des forêts de symboles qui l’observent avec des regards familiers.” Ces vers de Baudelaire (“Correspondances”, Les Fleurs du Mal) qui ont guidé Jeanne Labrune pendant le tournage du Chemin résument de la plus belle manière l’ambition de ce film beau et simple tourné au Cambodge.

En adaptant librement le roman La Fiancée du Roi de Michel Huriet dont l’action se situait au Japon, la réalisatrice signe là un retour down tempo très réussi (son dernier film, Sans queue ni tête avec Isabelle Huppert et Bouli Lanners, date de 2010). Ce chemin qui borde les ruines des temples d’Angkor, c’est l’Histoire du Cambodge qui ressurgit par touches, pas des sons et des visions. Ce chemin, c’est celui qu’empruntent régulièrement, malgré sa supposée dangerosité, Camille (Agathe Bonitzer, sobre et lumineuse), jeune missionnaire catholique prête à prononcer ses vœux et Sambath (Randal Douc, sensuel et mystérieux), un cambodgien francophone.  Pendant qu’ils se rencontrent, puis, au fil des jours, s’attendent, Sonya (Somany Na, impériale), la femme de Sambath, fait face, seule, à la maladie.

Avec une délicatesse infinie et un sens inné de la beauté, Jeanne Labrune, jusqu’ici connue pour ses “fantaisies” drôles et souvent acerbes, se réinvente et signe un film d’une grande richesse visuelle et émotionnelle. La précision de son travail sur l’image et les sons créé un sentiment d’immersion rare. Histoire de désirs et de fantômes, de destins et de mémoire, Le Chemin est un film doux et profond qui réveille les sens.

Réalisé par Jeanne Labrune, avec Agathe Bonitzer, Randal Douc, Somany Na, Agnès Sénémaud. Durée : 1h31. En salles le 6 septembre 2017. FRANCE /CAMBODGE