Les Arcs Film Festival, épisode 3 : L’Autre continent de Romain Cogitore et C’est ça l’amour de Claire Burger

Copyright Sophie Dulac Distribution – Cinema Defacto

L’Autre continent de Romain Cogitore

Architecture intérieure

Tout commence comme dans une comédie romantique : une jeune femme, Maria, rencontre un jeune homme, Olivier. Elle est impulsive, cash, volage. Il est sérieux, philosophe, équilibré. Maria et Olivier, après des débuts un peu chaotiques, vont connaître une passion fulgurante. Évidemment, le tableau est noirci par une ombre, celle que révèlent les radios du crâne d’Olivier. Une leucémie. C’est mal barré. Maria a la choix : fuir Olivier et cette histoire d’amour qui vient de naître ou rester à ses côtés, continuer de l’aimer et espérer qu’il s’en sorte. Pour son premier long métrage, Romain Cogitore s’entoure de Déborah François (Populaire, Fleur de tonnerre) et Paul Hamy (L’Ornithologue) pour incarner ce jeune couple traversé par le doute et le pire. Deux acteurs lumineux qui apportent au film grâce et secousses. Si la mise en scène souffre parfois d’une envie de trop-plein et de faire trop bien, répétant des motifs inutiles comme ces points de vue zénithaux et urbains par exemple, l’atout majeur de L’Autre continent reste l’écriture des personnages principaux. Un duo fait de chair et d’os, deux trentenaires nourris d’un passé qu’on devine, entièrement tournés vers le présent, l’avenir étant une dimension trop fragile. Tantôt léger, tantôt grave, tantôt théorique, tantôt poétique, ce premier film, malgré ses maladresses et sa manière de surligner des choses parfois évidentes, offre un singulier voyage entre la France et la Chine, plein de sentiments et d’espoir.

En salles prochainement.

Copyright Mars Films

C’est ça l’amour de Claire Burger

Ne me quitte pas

Depuis quelques temps, le monde de Mario (Bouli Lanners) ne tourne plus rond. Sa femme l’a quitté et c’est seul désormais qu’il doit s’occuper de leurs deux filles, Frida, 14 ans, et Niki, 17 ans. Contrairement à Nos Batailles de Guillaume Senez qui allait jusqu’à faire disparaître l’épouse du champ, Claire Burger, avec la subtilité qu’on lui connaît – elle faisait partie de la bande de Party Girl – ramène tout à cette dernière. D’abord parce qu’elle obsède Mario, ensuite parce que l’on cherche bien sûr à comprendre ce qui a motivé son départ. La réponse n’est pas un mystère, elle est claire et audible : le besoin d’air, le besoin d’accomplir des choses pour et par soi-même, après vingt ans au service des autres. C’est ça l’amour vise juste, déroulant les sentiments les plus fous et les plus amers. Sans chercher à tirer les larmes, le premier long métrage de Claire Burger en solo nous submerge, tant par la force de son récit que par la délicatesse du point de vue qu’adopte la réalisatrice. Comme la mise en scène, le jeu des comédiens et comédiennes est sans esbroufe, toujours sur le fil. Bouli Lanners (Le Grand soir, Tueurs, Chien) n’a jamais été aussi touchant, et la détresse de son personnage nous inquiète autant qu’elle nous transperce. Intime, pudique, C’est ça l’amour embrasse des thèmes universels (famille, crise domestique, crise d’autonomie) pour en dévoiler les aspects les moins apaisés, les moins évidents. Le pari est relevé haut la main.

En salles le 27 mars 2019.