“Les Engagés” : Journal de bord de la saison 2 par Sullivan Le Postec, créateur de la série (épisode 4)

La deuxième saison des Engagés, première série LGBT+ française, est actuellement diffusée sur Studio 4, site de France 4 dédié aux web séries. Cette saison 2 creuse les thèmes initiés dans la première et fait émerger de nouveaux personnages pour un résultat maîtrisé, riche, qui sonde en profondeur les parcours personnels et militants. Sullivan Le Postec, créateur de la série, a accepté, pour FrenchMania, de nous raconter, à sa façon, les coulisses et le tournage à Lyon de cette deuxième saison des aventures d’Hicham, de Thibault et du Point G, l’association LGBT dans laquelle ils sont … engagés.

Épisode 4 : Pride et homophobie

Le tournage de la deuxième saison a commencé le samedi 16 juin 2018, à l’occasion de la Marche des Fiertés de Lyon, lors d’une journée en équipe réduite, mais avec deux tournages parallèles. D’une part celui de l’équipe principale, qui filmait la participation des personnages à la Marche, et d’autre part celui de « l’équipe Rose », la YouTubeuse de la série, qui filmait des interviews à la fois des personnages et d’anonymes. J’ai vécu la Marche au cœur de cette petite équipe, puisque c’est moi qui réalise ces séquences, filmées sur mon téléphone. Avec Anaïs Fabre (Rose), le perchman Thibault qui se battait contre les décibels, et le directeur de production Jacques Bontoux, qui faisait signer aux anonymes interviewés des formulaires de droit à l’image, nous avons cheminé presque incognito au milieu de la manifestation festive, et tourné pas mal de matériel.

Pour l’équipe principale, ce bain de foule fut difficile techniquement, mais galvanisant. Les organisateurs de la Marche nous avaient permis de nous insérer dans l’événement. Avec quelques astuces, le personnage d’Elijah a ainsi pu s’adresser à la foule depuis le char officiel (les plans où il s’adresse à la foule ont été filmés le matin, avant le démarrage de l’événement ; quelques contrechamps volés pendant la Marche parachèvent l’illusion). Les participants à la Marche qui nous ont reconnus ont été à la fois très bienveillants et respectueux du travail en cours. Les hétéros de l’équipe des Engagés ont pour la première fois vraiment compris ce qu’était la Pride (les médias ont rarement réussi à rendre compte de son imbrication du festif et du militant), et les acteurs qui participaient ont apprécié que le groupe se retrouve et se ressoude dans ce moment collectif.

Après la Marche, le tournage s’est poursuivi au cœur de l’Apéropride, l’événement associatif qui boucle toute la rue des Capucins, devant le Centre LGBTI de Lyon. Là encore, il faut remercier les organisateurs d’avoir bien voulu couper la sono le temps de quelques prises montrant nos personnages au cœur de la foule exceptionnelle. A notre niveau de budget et de temps, ces séquences représentaient un vrai risque dont il me semble qu’il est très payant. J’ai beaucoup de chance de travailler avec des producteurs qui travaillent sur le sens plus que sur des tableaux Excel, et qui ont le goût du défi.

Malheureusement, tout le tournage n’a pas pu se faire dans ce climat de bienveillance. Bien au contraire. On constate ces derniers temps une multiplication des témoignages d’attaques homophobes. Certains débattent : y a-t-il simplement libération de la parole, ou faut-il y voir une recrudescence des agressions ? Force est de constater qu’en tournant la première saison, à l’hiver 2017, nous n’avions pas fait l’objet d’homophobie. Cet été 2018, elle nous a accompagné à chaque fois que nous mettions le nez dehors pour filmer deux garçon ensemble. Un bonhomme, se penchant à sa fenêtre pour réussir à apercevoir un garçon en short en embrasser un autre dans la rue à 23h30, a trouvé le moyen de hurler pendant trente minutes avant d’appeler la Police (des voisins ont fini par l’encourager à se taire, et nous à continuer de filmer). Le lendemain matin, les pneus des camions abritant le matériel technique étaient crevés… La répétition d’événements similaires a fini par réellement perturber les techniciens et acteurs hétéros – les LGBT, malheureusement, étaient bien moins surpris. Nous n’avions pas exactement besoin de cela, mais au moins nous ne pouvions pu douter de l’intérêt de tourner Les Engagés.

Tout cela nous aura au moins offert la plus belle histoire de ce tournage, celle de notre petit héros : Alexy. Le père d’un ado skater l’encourageait à faire des allers-retours devant le Centre LGBTI, nous empêchant de fait de tourner à cause du bruit. Alexy, qui fait de la compétition en handisport, a surgit avec ses béquilles d’une librairie toute proche, et s’est interposé. Il a expliqué à l’autre ado qu’il avait vu la série, qu’il l’aimait bien et qu’il fallait nous laisser travailler. Les Engagés saison 2 se retrouvait ainsi placée sous la protection d’un petit ado trans de 15 ans. Tout un symbole ! Nous étions ravis d’avoir Alexy au milieu de nous, sur le plateau où à la cantine de tournage, dans les jours qui ont suivi.

Les vies des jeunes queer sont souvent un combat. Le décès de notre assistant de production, Rémi, quelques semaines après le tournage, nous l’a tristement rappelé. Cette saison lui est dédiée.

(A suivre … 5ème et dernier épisode de ce journal de bord à retrouver dimanche prochain)

Crédits Photos :  Jean Combier/Astharté.

Les Engagés, saison 2 à suivre sur Studio 4, 2 épisodes par semaine depuis le 12 novembre. Visible en dvd (chez Optimale Distribution) et en vod (Queerscreen.fr). La saison 1 est disponible sur les mêmes supports.