Les Fantômes d’Ismaël / Ouverture Sélection officielle

Tableaux et motifs

Un film de Desplechin, c’est toujours un événement. Depuis La Sentinelle, le réalisateur s’est taillé une place de choix dans le coeur des cinéphiles français. Trois souvenirs de ma jeunesse, présenté à la Quinzaine des réalisateurs en 2015, nous avait conquis par sa poétique, sa poésie et la vitalité de la distribution, renouvelée. Les Fantômes d’Ismaël fait aujourd’hui l’ouverture de la 70e édition du Festival de Cannes et, pourtant, la magie est diluée. Diluée, parce que Desplechin veut trop en faire, trop en dire. Le récit, fragmenté, segmenté, n’a pas l’élan romanesque attendu, malgré la fureur des sentiments qui court le long du film.

Après 20 ans d’absence, Carlotta (Marion Cotillard) refait surface, chamboulant la vie de ceux qui l’ont aimée à la folie, espéré son retour, puis déclarée morte, fatalement. 20 ans, c’est une vie. Et Ismaël (Mathieu Amalric) a refait la sienne. Alors, lorsque Carlotta ressurgit, toute la question est de savoir comment Ismaël va réagir, lui qui coule des jours heureux avec la douce Sylvia (Charlotte Gainsbourg). Renouer avec le passé et tirer un trait sur le présent ? Ressusciter un amour révolu ou aller de l’avant ? Les Fantômes d’Ismaël synthétise tous les thèmes des films de Desplechin (l’amour, la passion, la rivalité, l’angoisse de la page blanche, le couple, le temps, l’enquête, les doubles-vies, la famille évidemment) et c’est là que le bât blesse : trop d’auto-citations, trop de motifs usés à la corde. Un entre-soi qui finit par nous laisser sur le pas de la porte. Heureusement, le film a ses fulgurances, des scènes intimes et intenses, de l’humour aussi; puis le trio Amalric/Cotillard/Gainsbourg est épatant. C’est le manque de simplicité de certains tableaux (théâtralité pas toujours bien dosée) et le caractère artificiel de certains nœuds dramatiques (toute l’histoire d’Ivan, joué par Louis Garrel, sans charme) qui créent la déception. Une déception relative cependant. Car Desplechin est de ces cinéastes qui vous hantent et ne vous laissent jamais tout à fait indifférent.

Réalisé par Arnaud Desplechin. Avec Mathieu Amalric, Marion Cotillard, Charlotte Gainsbourg… Durée : 1H50. En salles le 17 mai.