Le Livre d’image de Jean-Luc Godard – Compétition officielle

Brouillon militant

Jean-Luc Godard poursuit son voyage imagié dans le temps, remaniant les résistances et persistences (rétiniennes) du XXème siècle pour façonner une nouvelle sémantique. “Je serai toujours du côté des bombes” affirme-t-il. Des bombes de nitrate d’argent qui font littéralement sauter les textes cités et sacrés. Des bombes qui font imploser la parole pour mieux générer de nouvelles images, redéfinir leur statut. Des images d’ici, un “ici” qui est aussi un ailleurs, car les images font aussi exploser les frontières : elles sont et vont partout. Plus encore que dans Adieu au langage – Prix du jury ex-aequo avec Mommy – Godard  réaffirme le rôle séminale du silence. Il touche de la main le passé pour indiquer la direction à suivre maintenant. Mais le train de l’Histoire (les chemins de fer/la pellicule) roule trop vite et déraille. L’icône, la figure l’emportent définitivement sur un discours qui ne peut plus être linéaire. Ce livre d’images compilées est par conséquent un brouillon inévitablement inachevé, une hyper-image qui avale toutes les images, qui avale les sons aussi et la couleur. Comme la voix cassée de l’auteur suisse, qui à la fin ne semble plus être en mesure d’actualiser la pensée du passé, Le Livre d’image est une œuvre rauque, souffrante, à la fois mortifère et vitale. Godard fatigue à façonner ses analogies, à construire son discours parfois sentencieux. Mais l’effort accompli est sublime en lui-même, car il révèle une volonté indomptable de continuer la lutte. Contre les images, pour les images, juste des images.

par Manuel Billi

Réalisé par Jean-Luc Godard. Durée : 1H34. En salles prochainement.