L’Ordre des médecins de David Roux

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L’essence des priorités

Simon est médecin. Pneumologue. La mort est son quotidien, l’hôpital sa vie. Quand sa propre mère est hospitalisée et que son pronostic vital est incertain, le moment est venu pour lui de remettre de l’ordre dans ses priorités. Et la question qui se pose, nœud central de cette chronique en immersion, sera le moteur du récit : comment un médecin, avec son regard clinique et, par la force des choses, cynique et presque détaché sur la mort, réagit-il quand un proche est en souffrance ? Pour son premier film, David Roux fait le pari du quasi huis-clos en milieu hospitalier et se concentre sur la routine du quotidien de ces femmes et de ces hommes qui, chaque jour, côtoient la mort et la souffrance. La toile de fond, le regard porté sur ce microcosme hospitalier est d’une grande justesse : les rites et les rires, les diagnostics sans détour, les moments d’abandon, les rapports humains, tout sonne juste grâce notamment à un casting de seconds rôles impressionnant. Le cœur du film, c’est le personnage de Simon interprété avec une grande intelligence et une maîtrise confondante par Jérémie Renier qui a rarement été aussi précis. Il est secondé par un trio admirable de femmes. Ce sont elles qui le forcent à parler, à sortir de sa coquille, à retirer le masque de la technicité professionnelle et à se frotter à l’intime. Sa mère est interprétée par l’immense Marthe Keller. Elle est d’une simplicité qui force le respect. Dans le rôle de la sœur de Simon, celle qui le ramène à la famille, à la vraie vie, Maud Wyler (vue dans Louise Wimmer, Low Life ou Le Combat ordinaire) fait des merveilles. Enfin il y a Agathe, jeune interne en médecine qui devient la maîtresse de Simon et incarne cette passerelle entre la vie professionnelle et l’intime. Avec ce personnage solaire, séduisant et volontariste, Zita Hanrot prouve une fois de plus, dans cette année riche en personnages, qu’elle est la comédienne la plus douée et la plus inspirée de sa génération. En refusant une certaine forme de romantisme et en retardant l’émotion, par son joli traitement des souvenirs et, notamment, de la culture juive familiale, David Roux signe un premier film d’une grande maîtrise qui ne cède jamais à la facilité. Simple, sobre.

Réalisé par David Roux. Avec Jérémie Renier, Zita Hanrot, Marthe Keller… Durée : 1H33. En salles le 23 janvier 2019. FRANCE.