David Roux et Zita Hanrot (L’Ordre des médecins) : “Je ne voulais pas m’attarder sur les gestes héroïques, mais davantage sur le quotidien, l’intime”

“L’Ordre des médecins” est en salles depuis mercredi dernier. Lors de la dernière édition du Festival de Saint-Jean-De-Luz, nous avons rencontré le réalisateur David Roux et la comédienne Zita Hanrot pour évoquer ce premier film très maîtrisé qui nous plonge dans les coulisses de l’hôpital.

David, comment est venue l’idée de cette infiltration dans le milieu médical ?

David Roux : Je suis fils de médecins, mes deux parents ont travaillé en milieu hospitalier, et depuis que je veux faire du cinéma, j’avais envie de filmer ce qui m’était familier. Je me suis dit que l’hôpital était un bon sujet. D’ailleurs, ce n’est pas tellement une idée de génie puisque d’autres l’ont eu aussi ! Mais disons que ce que je voyais dans les séries et les films qui se passent dans ce milieu ne correspondait pas toujours à l’idée que je m’en faisais, ou en tout cas à l’expérience que j’en avais. Quand j’allais à l’hosto voir mes parents, j’allais à leur bureau, et tout était très joyeux, on était accueilli par tout le monde. De connaître le quotidien de l’hôpital en dehors de la maladie, je me disais que c’était peut-être une arme pour raconter l’hôpital autrement. J’ai aussi perdu ma mère il y a quelques années, elle a été hospitalisée pendant quelques mois avant de nous quitter, et mon frère aîné, qui est médecin, qui a suivi la grande tradition familiale, s’est retrouvé dans une position un peu spéciale, comparable à celle du personnage interprété par Jérémie Renier. Il n’était pas le médecin de ma mère, mais la pression familiale le mettait dans une position qui le rendait responsable d’elle malgré-lui. Je me disais, le voyant dans cette position, que c’était impossible, tellement dur… Donc voilà, il y avait peut-être à cet endroit un point de tension qui pouvait devenir un film. C’est très ténu, mais le point de départ est né comme ça. Après, j’ai fait aussi l’atelier scénario de la Fémis qui est un truc absolument génial. On est encadré pendant un an pour développer un projet. J’étais parti sur une chronique de l’hôpital, avant de recentrer le récit sur le personnage de Simon et ce qu’il traverse en famille. Je ne voulais pas m’attarder sur les gestes héroïques, mais davantage sur le quotidien, l’intime. Je ne me suis jamais dit que j’allais écrire un film sur la mort de ma mère, mais quand ça l’est devenu, ça voulait dire que c’était tout simplement possible, que j’étais prêt.

Les personnages étaient déjà incarnés pendant l’écriture ? Vous aviez des acteurs en tête ?

DR : Non, parce qu’il y a toujours le risque d’être déçu, d’avoir des déconvenues. Mais même sans ça, c’était déjà si compliqué pour moi d’écrire ce film. J’étais au pied de la montagne, et c’est marrant parce que pendant l’écriture, je n’imaginais pas encore que cela pouvait donner un film. J’écrivais un scénario, c’était purement théorique. Donc je ne me suis jamais posé la question de l’incarnation, cette conception n’existait pas encore. En sortant de la Fémis, j’ai trouvé ma productrice, Candice Zaccagnino, et petit à petit, on a envoyé le scénario à des comédiens.

Zita, qu’est-ce qui vous a séduit dans le scénario et le personnage de jeune interne que vous interprétez ?

Zita Hanrot : Tout. Avec David, on se connaît depuis longtemps, on a un lien particulier, de l’ordre familial, et c’est important de le souligner, spécialement dans le cadre de ce film. Lorsque David m’a proposé le rôle d’Agathe, j’étais hyper touchée, d’autant plus que je venais de finir Fatima de Philippe Faucon, que je débutais… Donc recevoir une proposition comme celle-ci, venant en plus de quelqu’un que j’aime et qui fait son premier film, c’était génial, un vrai cadeau. On a travaillé le personnage d’Agathe ensemble, on s’est beaucoup vu en amont du tournage, on a papoté et fait grandir le lien entre nous. J’ai bien aimé cette façon de préparer en douceur le projet. Le tournage était aussi très doux. Mais sur le plateau, je me suis rendue compte que le vrai enjeu du personnage d’Agathe, c’est la question de la distance, et ça n’a pas été facile à trouver. Il fallait composer avec l’émotion personnelle et l’émotion professionnelle. C’était important pour moi de trouver la place d’Agathe dans ce drame intime et familial, vis-à-vis de Simon, de sa mère, du rôle qu’elle tient à ce moment-là.

Vous étiez dans le film des frères Renier, Carnivores. Qu’est-ce que ça fait de jouer avec celui qui a été votre metteur en scène ?

ZH : C’était super bizarre ! Mais j’avais tellement envie de jouer avec Jérémie. J’avoue que j’étais un peu intimidée. Je me disais “putain, j’ai pas le droit à l’erreur” (Rires) ! Cette année a été très dense pour moi, et je pense qu’on ne fait pas des films tout à fait par hasard, qu’il existe un genre d’alignement de certains éléments et événements. En 9 mois, j’ai tourné dans 6 films, je suis passée par plein de personnages, c’était intéressant, et le personnage d’Agathe est tombé à un moment précis dans ma vie, j’ai avec lui un rapport intime, comme avec le film de David en général. J’ai aussi envie de saluer tous mes partenaires de jeu, Marthe Keller que j’admire infiniment, si drôle, si élégante, si généreuse, tous les actrices et acteurs qui jouent les infirmiers, les internes, les soignants, Jeanne Rosa, Fred Epau … C’était génial d’être avec eux.

Propos recueillis par Ava Cahen et Franck Finance-Madureira

Photos : Zita Hanrot et Jérémie Rénier dans le film /David Roux sur le plateau – Crédit : Pyramide Distribution