Lumières d’été de Jean-Gabriel Périot

La Cité de la paix

Tout commence dans les coulisses du tournage d’un documentaire. Un réalisateur interroge une rescapée d’Hiroshima, entouré de sa petite équipe. Entrée en matière symbolique pour ce premier film de fiction de Jean-Gabriel Périot, connu pour son travail de recherche sur les archives et son documentaire Une jeunesse allemande (2015). Il avait déjà travaillé sur ce drame du 6 août 1945 qui a marqué à jamais l’histoire du Japon comme en témoigne son film 200 000 fantômes (2007), diffusé avant Lumières d’été dans les salles. Le court métrage consiste en une succession d’images du Dôme de Genbaku, seul bâtiment ayant résisté à la bombe, devenu Mémorial de la paix de cette ville meurtrie devenue, dès 1949, la Cité de la paix.

Dans Lumières d’été, le personnage du réalisateur, Akihiro, vient de France mais il est japonais. Après le long témoignage qui ouvre le film et nous replonge dans l’horreur de ce jour funeste, c’est dans un parc de la ville qu’Akihiro va faire une pause. C’est là qu’il rencontre Michiko, jeune femme espiègle et mystérieuse qui va l’entraîner dans une promenade dans la ville et au bord de la mer. Via la fiction, c’est à la reconstruction des êtres, qu’ils soient survivants ou nés après le drame, que Périot s’intéresse. Cette mémoire, ce traumatisme collectif est au cœur d’un voyage aux allures légères qui prend, grâce à la douceur de ses lumières et l’apparente légèreté de son badinage touristique, les atours d’un cinéma asiatique moderne. Une forme de mystique se dégage des interactions êtres/lieux et des rencontres signifiantes et moments de vie que provoque ce mini-road trip. On se laisse happer par cette atmosphère finement mise en scène qui emporte doucement aux confins du surnaturel.

Jean-Gabriel Périot démontre, avec ce premier long métrage de fiction, un talent particulier pour lier mémoire et présent, fantômes et vivants, traumatisme et légèreté, dans un récit qui flirte sans cesse avec la rêverie douce et salvatrice attachée dans l’inconscient cinéphile aux souvenirs diffus d’un certain cinéma asiatique.

A lire sur FrenchMania : Entretien avec Jean-Gabriel Périot – Lumières d’été

Réalisé par Jean-Gabriel Périot. Avec Hiroto Ogi, Akane Tatsukawa, Yuzu Hori. Durée : 1h23. Sortie en salles le 16 août 2017. FRANCE-JAPON