Mathieu Amalric dans L’Agent immobilier

L’homme qui tombe à pic

par Ariane Allard

Mathieu Amalric est Olivier Tronier, épisode 1 de l'”Agent immobilier” d’ Etgar Keret

Il tombe à pic, Mathieu Amalric. Au sens propre d’abord, puisqu’il multiplie les gadins dans L’Agent immobilier, mini-série réjouissante programmée sur Arte début mai. De fait, ces chutes plus ou moins amorties sont formidablement burlesques et rappellent sa toute première culbute, mémorable, face contre terre, dans Un conte de Noël d’Arnaud Desplechin. Au sens figuré ensuite : alors que ce réalisateur accompli a toujours dit être devenu acteur « par accident », on ne compte plus les films d’auteur (d’Olivier Assayas aux Frères Larrieu, en passant par Wes Anderson ou Jeanne Labrune), les comédies générationnelles (Le Grand bain), voire les blockbusters (Quantum of Solace) électrisés par sa seule présence. Renversante, décidément.

Joli paradoxe : si ce bouillant quinqua tombe, encore et encore, depuis une vingtaine d’années dans nombre de ses films, c’est pour mieux relever, en fait, notre appétit pour un cinéma risqué et des séries inventives ! Vérification avec ce drôle d’Agent immobilier, puisque cette création franco-belge est la prochaine actualité de cet hyper actif, qui sort à peine de la saison 5 du populaire Bureau des légendes d’Éric Rochant (diffusé depuis le 6 avril sur Canal+)… Loin, très loin de JJA, son personnage glaçant de chef de la DSEC (la direction de la sécurité intérieure de la DGSE), Mathieu Amalric y incarne Olivier, un agent immobilier SDF, père et ex-mari défaillant, qui hérite à la mort de sa mère d’un immeuble à l’abandon situé en plein cœur de Paris. Un gentil loser en somme, mais passablement débordé puisqu’il doit gérer les caprices d’un papa alcoolo-immature (interprété par Eddy Mitchell), la détermination d’une vieille locataire arrimée à son 2 pièces, les troubles agissements d’un promoteur faussement bienveillant et les conseils de son poisson rouge qui s’est soudainement mis à parler ! D’où les chutes répétées d’Olivier/Mathieu dans les escaliers, là-même où se percutent passé et présent à son corps défendant.

Autant dire que L’Agent immobilier est une fable joliment surréaliste sur le deuil… Tapissée de scènes poético-fantastiques, elle enchante par son goût de l’absurde, ses personnages décalés et sa fantaisie « mélancomique ». Coécrite et réalisée par Etgar Keret, célèbre romancier israélien, et Shira Geffen (tous deux ont reçu la Caméra d’or à Cannes, en 2007, pour Les Méduses), elle épouse particulièrement bien, en outre, le jeu instinctif, exubérant, de toute façon comico-dépressif de Mathieu Amalric. Nul hasard s’il est de tous les plans : dans ce rôle de grand enfant en mal de mère, il est à tomber. Évidemment.

L’Agent immobilier, d’Etgar Keret et Shira Geffen. 4 épisodes de 45mn, diffusés en intégralité sur arte.tv du 30 avril au 5 juin, et le 7 mai à partir de 20h55 sur Arte.