Écrans Mixtes, épisode 3 : Frédéric Labonde et l’enfance de Jean Genet

La 9ème édition du festival du cinéma queer “Écrans Mixtes” se tient du 6 au 14 mars à Lyon. Si l’invité d’honneur est James Ivory et que le festival consacre un focus au “Novo queer cinema”, nouvelle vague du cinéma queer brésilien, il fait aussi la part belle aux réalisatrices et réalisateurs français. FrenchMania est sur place à leur rencontre. Épisode 3 : Rencontre avec Frédéric Labonde.

Frédéric Labonde  : “Je rêve d’un film qui mette en parallèle l’enfance de Genet et ses combats avec les Blacks Panthers et les Palestiniens

Marius Renier dans la peau de Jean Genet

Frédéric Labonde et Frédéric Bonnet ont réalisé Mort-Bois, une enfance de Jean Genet, un film sensible et lumineux qui revient sur les jeunes années de l’écrivain dans le Morvan. Alors qu’il vit en famille d’accueil, on sent déjà la révolte qui gronde en lui : l’indignation sociale, la haine de l’injustice et la découverte de ses désirs se font jour dans ce court film de 28 minutes rythmé par les lettres de sa mère naturelle qui demande des nouvelles de ce petit Jean laissé à l’Assistance Publique.

Quel a été l’élément déclencheur de ce film sur l’enfance de Genet ?

Frédéric Labonde : Pour les 100 ans de la naissance de Genet en 2010, l’Assistance Publique a rendu publics certains documents dont sa correspondance avec sa mère biologique. Elle avait écrit avant son abandon, pendant et après, sur une durée de 10 ans pour prendre des nouvelles. Je les avais lues un lundi matin en allant travailler dans Le Magazine Littéraire et je me suis mis à pleurer, c’étaient pour moi les plus belles lettres du monde. Je me suis dit qu’il fallait en faire quelque chose sachant que Genet n’a jamais été au courant de ces lettres. Il a refusé en 1970 l’accès à son dossier, un passe-droits qu’on lui donnait parce qu’il était célèbre et il aurait dit “c’est trop tard“. Ce sont deux destins qui ne se sont jamais croisés si ce n’est pendant les tout premiers mois de sa vie. Je voulais mettre en lien le destin de cette femme ouvrière lingère à Paris, peut-être prostituée selon des rumeurs, et celui de son fils pendant ces deux dernières années en Bourgogne.

Qu’est-ce que cela apporte de nouveau comme éclairage sur l’écrivain ?

La “légende Genet” commence souvent au moment de son internement à Mettray, le bagne pour enfant dans lequel il devient un petit voyou, un rebelle et je voulais montrer qu’il avait déjà avant cela, cet esprit révolutionnaire. Il organisait des grèves contre le curé, volait au village, avait déjà eu ses premières relations sexuelles très jeune. L’homme qu’il est devenu était déjà en lui. Et je connais bien cette région très très dure du Morvan, cette région agricole dont vient ma famille. C’est la confrontation permanente avec la putréfaction, avec le cycle de la vie, quelque chose de crade. Tout cela est présent dans son œuvre. Il y a eu un gros travail d’écriture pour éviter le côté biopic, j’ai relaté 3, 4 ans de sa vie en un été pour faire émerger le personnage.

Cela donne vraiment envie de suivre le reste de sa vie, la suite …

Qu’on fasse le biopic ? (rires). Pour être honnête le film a été très compliqué à monter. La France n’a pas réglé ses problèmes avec Genet et cela reste très compliqué de travailler sur le sujet. On s’est déjà fait insultés pendant des présentations, les gens ne sont pas à l’aise avec le sujet, avec ce “mauvais garçon” qu’ils considèrent comme un “pédophile”. Les gens ne connaissent que Les Bonnes, qui est le truc le plus “propre” qu’il ait fait. On se rend compte qu’il est très peu connu hors de certains cercles, le film sur sa vie reste à faire. Je rêve d’un film qui mette en parallèle l’enfance de Genet et ses combats avec les Blacks Panthers et les Palestiniens … Ses combats ont toujours été les mêmes !