Mytho d’Anne Berest et Fabrice Gobert

Desperate maman

Marina Hands (Elvira), Mathieu Demy (Patrick), Jérémy Gillet (Sam), Zélie Rixhon (Virginie) et Marie Drion (Carole) – Copyright Unité de production/ ARTE France

C’est de saison, la rentrée d’Arte se fait sous le signe des séries, et plus précisément des créations originales françaises, bonnes étoiles de la chaîne. Fin août, cette dernière nous avait invités à voyager dans le temps avec Gaspard Ulliel et Freya Mavor, sous la direction de Guillaume Nicloux (Il était une seconde fois). Début octobre, voilà que débarque la première saison de Mytho, six épisodes de 52 minutes imaginés par la romancière Anne Berest et le réalisateur et scénariste Fabrice Gobert, familier du format télé puisqu’on lui doit la série les Revenants sur Canal +. Plébiscitée lors du festival Séries Mania où ont été projetés les premiers épisodes, Mytho est repartie les bras chargés de deux récompenses : prix du public et prix de la meilleure actrice pour Marina Hands, héroïne borderline de ce programme acide.

Si aujourd’hui “mytho” est devenu un mot d’argot vidé de sa substance pathologique visant à grossièrement décrire un baratineur ou une baratineuse, la série, elle, ne le prend pas à la légère et en montre le côté obscure. Portrait psy (sans clichés collants) d’une quarantenaire en pleine dissociation, Mytho filme épisode par épisode le craquement du masque domestique que porte Elvira. Elle est présentée comme une mère et une épouse disponible et dévouée, même après une journée de travail harassante. Une femme attentive qui, soudain, prend conscience, par effet de répétition, qu’elle est devenue transparente aux yeux de ceux et celles qu’elle aime et pour qui elle se saigne matin, midi et soir. Elvira, pour attirer l’attention d’abord, va donc s’inventer des maux imaginaires qui remettent tous les compteurs à zéro, jusqu’à ce qu’elle perde le sens de la réalité et de la fiction.

Mathieu Demy (Patrick) et Marina Hands (Elvira) – Copyright Unité de production/ ARTE France

Les personnages qui gravitent autour d’Elvira sont indispensables – l’époux photographe qui fait fantasmer les voisines (remarquable Mathieu Demy), leurs trois enfants, une grande fille de 17 ans doucement grunge (Marie Drion), une ado trans de 14 ans (Jérémy Gillet), et une petite dernière, angoissée par le monde qui tourne plus vite qu’elle alors qu’elle n’a même pas 12 ans (Zélie Rixhon) -, mais c’est bien Elvira la vedette de cette série qui mélange habilement registres, tonalités et sujets de société (la question de la transidentité est traitée avec moins de subtilité que le reste). C’est cette héroïne, fantaisiste et dépressive, qui donne aux intrigues leur goût et crée leurs remous, et Marina Hands l’incarne avec un talent fou. La mise en scène, sans sophistication, mais précise, achevée, déploie ses charmes et ses atouts sur la durée. Car Mytho est une série qui s’apprécie pour ses six épisodes (dont les couleurs sont reprises par des standards et chansons populaires à tomber) et leur crescendo dramatique. La version made in France punk et pavillon de banlieue de Desperate Housewives, on la tient ! Une saison 2 a déjà été commandée par la chaîne. A suivre…

Mytho – 6×52 min. Diffusion le 10 octobre 2019 à 20H55. Disponible du 3 au 30 octobre en exclusivité sur Arte.tv et en VOD. FRANCE.