Nomades d’Olivier Coussemacq

Des rêves familiers

Jamil Idrissi et Jalila Talemsi dans Nomades d’Olivier Coussemacq – crédit : Local Films

Hossein vit à Tanger avec son frère et sa mère Naïma. Le plus âgé de la fratrie est lui parti en France, sans fantasmer un quelconque El Dorado mais simplement dans l’espoir de pouvoir un jour être en mesure d’envoyer un peu d’argent à sa mère. Quand son deuxième fils meurt noyé en tentant à son tour de rejoindre l’Europe, Naïma n’a qu’une idée en tête : protéger son cadet, Hossein, de la tentation de la traversée et partir avec lui dans le sud du pays auprès de la famille de sa sœur. L’adolescent va vivre ses premiers émois dans ce milieu rural qu’il ne connait pas.

Si le nomadisme auquel se réfère le titre du deuxième film d’Olivier Coussemacq (après L’Enfance du mal en 2010) évoque bien sûr les départs pour la France des jeunes Marocains et cet unique ailleurs qui s’offrent aux jeunes hommes de Tanger, il s’applique aussi au voyage que vont entreprendre la mère et son fils pour le sud, vers une reconstruction après un deuil, tout comme à cette phase d’adolescence que traverse Hossein, ce mouvement entre les pulsions, les renoncements, les doutes et les responsabilités qui vont l’amener à s’éveiller à la sensualité et à prendre conscience des choix qui s’offrent à lui.

Le film joue de ces points de bascule de la perception du jeune homme qui grandit et à qui sa mère demande s’il se croit “plus fort que le destin“. Continuer des études ou travailler ? Partir ou rester ? Les caresses d’une maman ou la découverte des filles de son âge ? Ces questionnements, conscients ou pas, nourrissent un bouillonnement intérieur qui agite l’adolescent et se cristallisent dans une rencontre, celle de Delphine, jeune parisienne aisée qui passe ses vacances avec ses parents dans un hôtel de luxe du coin ou encore dans les quelques vers appris par cœur de poèmes de Verlaine (“Mon rêve familier”) ou de Baudelaire (“L’Invitation au voyage”).

Jamais didactique, concentré sur son récit, Nomades déroule son propos simplement, au plus près de ces personnages de mère et de fils qui s’aiment et s’opposent, saisissant dans leurs gestes, leurs regards, leurs visions, l’impossibilité de la résignation, l’espoir nécessaire en un avenir meilleur et les petites victoires du quotidien d’une mère qui apprend à lire ou d’un adolescent qui échange ses premiers baisers.

Nomades. Réalisé par Olivier Coussemacq. Avec Jamil Idrissi, Jalila Talemsi, Assma El Hadrami, Mohamed Quatib, Saïd El Moktari, Rim Fethi, Pauline Discry. Durée : 1h27 . FRANCE. En salles le 7 août (Local Films).