On a vu Une affaire de famille, Asako I & II et Blackkklansman – compétition officielle

Une affaire de famille de Hirokazu Kore-eda

Entre Kore-eda et le Festival de Cannes, l’histoire d’amour dure – six de ses films ont été séléctionnés en compétition officielle, deux autres hors-compétition. Voilà le réalisateur japonais de retour avec Une affaire de famille, un drame piqué de lumière qui nous laisse la larme à l’oeil une fois le générique de fin tombé. La question de la généalogie, centrale dans la filomographie de Kore-eda, est au coeur de ce récit qui se divise en deux chapitres. C’est une drôle de famille qu’il met en scène, se tenant toujours à parfaite distance – la séquence d’ouverture qui introduit père et fils est aussi drôle que grandiose (un vol à la tire, une affaire bien rôdée). Dans une pièce où la famille s’entasse (cinq membres), une place est faite pour une petite fille maltraitée par ses propres parents. Au sein de ce foyer adoptif, Yuri (rebaptisée Rin) sera chérie. Jusqu’à ce que les autorités s’en mêlent… Beau et pur, ce nouveau mélodrame familial de Kore-eda s’interroge sur ce dont le tissu des relations humaines est fait, ce qui le (re)définit. Un film qui déploie ses ailes au fur et à mesure et bouleverse dans sa conception à contre-courant de la famille traditionnelle.

Asako I & II de Ryûsuke Hamaguchi

Entre Asako et Baku, c’est le coup de foudre. Il aura suffi d’un regard (et de quelques pétards qui éclatent à leurs pieds) pour que ces deux jeunes gens tombent amoureux. Si les débuts sont idylliques, Asako découvre vite le côté taciturne et égoïste de son amant. “Je reviendrai toujours vers toi” lui dit-il alors qu’il s’apprête à disparaître. Désamparée, sans nouvelles de l’homme qu’elle aime, Asako va partir sur ses traces jusqu’à ce qu’elle tombe nez à nez avec la copie conforme de son bien-aimé. Une ressemblance vertigineuse qui va pousser l’héroïne dans les bras de cet autre garçon. Emouvant portrait d’une jeune femme romantique qui, petit à petit, va se libérer de la main de l’homme qui tient son coeur, Asako I et II séduit par son approche sensible et féminine tout autant que par sa mise en scène – soignée et gracieuse -, sa photographie (chef op’ Ryûto Kondô) ou encore sa distribution – formidable Erika Karata (Asako). Côté émotion, la déflagration est interne.

Blackkklansman de Spike Lee

On aura longtemps attendu le retour de Spike Lee à Cannes – absent de la compétition officelle depuis Jungle Fever (1991). Blackkklansman promettait le meilleur : un doigt d’honneur fait à Trump et sa politique ostracisante à travers l’histoire vraie d’un policier noir qui a infiltré le Ku Klux Klan; un film pamphlet qui se déroule dans les seventies mais fait furieusement écho au présent – les attaques de Charlottesville commises par des groupuscules d’extrême droite (le film se conclut par des images d’archive de ce tragique événement de 2017). C’est pourtant une fiction des plus embarrassantes que Spike Lee nous sert ici, une comédie policière aux codes télévisuels, mal montée de surcroit (au secours les faux raccords). Problème de rythme, BO lourdingue – Oh Happy Day, un cliché pour dénoncer les clichés (bouh) dès le premier quart d’heure, scénario hasardeux voire simpliste (quelques dialogues sauvent heureusement de la débacle), une romance et une bromance, Spike Lee se prend les pieds dans le tapis. Le réalisateur simplifie tout à l’extrême pour rendre audible son discours et tangibles ses inquiétudes. Le Klan n’est pas mort. Il a de nouveaux adaptes et c’est bien ce sur quoi Blackkklansman met en garde sous ses allures balourdes. Propos 1 – Cinéma 0.