On a vu Trois visages de Jafar Panahi et Heureux comme Lazzaro d’Alice Rohrwacher – Compétition officielle

Trois visages de Jafar Panahi

Deuxième film iranien de la compétition officielle, projeté quatre jours après Everybody Knows d’Asghar Farhadi, Trois visages poursuit le circuit du réalisateur Jafar Panahi à travers son pays, celui-là même que les autorités lui interdisent de quitter.  Après Taxi Téhéran – Ours d’Or à Berlin en 2015 -, Panahi, toujours au volant de sa voiture, prend ses distances avec la ville pour s’enfoncer dans les terres, caméra posée sur le tableau de bord. Tout commence par une vidéo qui met en scène une jeune femme désespérée filmant son suicide depuis un téléphone portable. Envoyée à Behnaz Jafari, célèbre actrice iranienne, la vidéo devient alors poil à gratter. S’agit-il d’un canular ou bien d’un véritable appel au secours ? Jafari et Panahi vont enquêter ensemble – et évidemment les bâtons dans leurs roues vont se multiplier. Forme minimaliste pour une fiction toute en miroir et métaphore qui exige de garder les yeux grand ouverts. Car les routes vers le cinéma sont sinueuses, parfois même dangereuses, comme celles qu’empruntent (au propre comme au figuré) le réalisateur et l’actrice. Simple d’apparence mais définitivement virtuose dans l’écriture (habile jeu de mise en abime), le nouveau film de Panahi dénonce avec vigueur l’oppression des femmes et l’oppression artistique. Courageux, inventif et ingénieux.

Heureux comme Lazzaro d’Alice Rohrwacher

Quatre ans après Les Merveilles – Grand Prix du Festival de Cannes cette année là, Alice Rohrwacher revient en compétition officielle avec Heureux comme Lazzaro, une étrange fable rurale qui met en scène les habitants d’un hameau coupé du monde, exploités de génération en génération. Le héros – comme l’indique le titre -, c’est Lazzaro. Un jeune paysan dont on abuse de la bonté (divine). Mais un jour, Lazzaro se fait un ami (marquis). Un ami qui va lui faire traverser les frontières du temps et le conduire jusque dans le monde moderne où rien n’a changé (lutte de classe, inégalités, spoliation toujours d’actualité). Parfois simpliste et/ou tiré par les cheveux, Heureux comme Lazzaro brode autour des thèmes universels (et bibliques) avec une certaine habileté et confirme le talent de faiseuse d’images d’Alice Rohrwacher. Son style – nature et bio diraient certains -, il faut y être sensible, à sa manière de rendre étanches les frontières entre réalité et fantaisie aussi, de jouer des mystères. Pas vraiment notre tasse de thé.