On a vu Capharnaüm et Ayka – Compétition officielle

Capharnaüm de Nadine Labaki

Plaidoyer en faveur des enfants maltraités, Capharnaüm nous conduit jusqu’à un tribunal de Beyrouth où se tient un procès des plus étonnants. Zain, 12 ans, attaque ses parents. Leur faute ? Lui avoir donné la vie. Immédiatement, la gorge se noue. Nadine Labaki va alors remonter le fil de cette affaire de famille et nous plonge – en caméra portée –  dans le quotidien malheureux et éprouvant de ce petit garçon qui n’a qu’une mission : sauver sa soeur qui vient d’avoir ses premières règles d’un mariage avec un homme qui ferait d’elle son esclave. Capharnaüm – titre évocateur – est une déclinaison moderne des Misérables – on y retrouve les principaux personnages, des Thénardier (les parents de Zain, violents et corruptibles, des sans-papiers libanais) à Fantine (Rahil), prête à vendre ses mèches de cheveux pour faire vivre son bébé. Zain, c’est évidemment Gavroche, le garçon des faubourgs abandonné par les Thénardier, couple aux cinq enfants battus ou vendus. Entre le romanesque et le misérabilisme, cette fiction qui longe le réel séduit davantage par son scénario que par sa mise en scène – Labaki a parfois les sabots lourds. Si l’émotion nous cueille – difficile de rester de marbre face à la détresse de ces enfants engloutis par la crasse de ce monde, il faut reconnaître au film quelques écueils et facilités. Malgré tout, la performance du jeune Zain Alrafeea est à couper le souffle. Une star est née dans ce mélodrame chaotique au sujet fort.

Réalisé par Nadine Labaki. Avec Zain Alrafeea, Yordanos Shifera, Boluwatife Treasure Bankole … Durée : 2H03. En salles prochainement.

Ayka de Sergey Dvortsevoy

C’est une torture pendant 1H40. 1H40 de caméra-épaule, de plans serrés, de plans nuque, de cadres branlants. Le portrait (essoufflé et pathétique) d’une femme qui abandonne son bébé à la maternité pour retourner au travail afin d’amasser la somme qu’elle doit rembourser à des prêteurs sur gage qui la harcèlent au téléphone (la sonnerie du portable court tout au long du film et met les nerfs en pelote). Aucune connexion ne parvient à s’établir avec cette femme en détresse que (presque) personne ne veut aider à cause de son permis de travail périmé depuis un an. Alors c’est elle qui prend tous les risques, continuant de marcher dans le froid de la Russie malgré ses maux de ventre et le sang qui dégouline sur ses cuisses dont elle efface les traces au sopalin. Sergey Dvortsevoy avait remporté le prix Un Certain Regard en 2008 avec Turlan, son nouveau film, Ayka, en rappelle un autre qui, lui aussi, porte le nom de son héroïne : Rosetta. Mais à la différence des Dardenne, le réalisateur russe n’a pas le sens du dosage, nous noyant sous les images glauques, affreuses et répétitives (dispositif mis sur bis, des kilos sur les dilemmes moraux). Sinistre.

Réalisé par Sergey Dvorstevoy. Avec Samal Yeslyamova. Durée : 1H40. En salles prochainement.