On a vu Under The Silver Lake et Dogman – Compétition Officielle

Under The Silver Lake de David Robert Mitchell

Après avoir filmé une bande de lycéens aux prises avec des monstres qui n’avaient pas l’air d’en être (It Follows), David Robert Mitchell met cette fois-ci en scène un trentenaire oisif, Sam, comme l’oncle d’Amérique, dévoré par ses fantasmes d’ado. En écho, le chant de la sirène en couverture du Playboy piqué à papa, numéro sur lequel il s’est masturbé pour la première fois. Un trophée de papier glacé que Sam a précieusement conservé. Tout commence avec une jolie blonde chapeautée, en maillot de bain blanc, talonnée par un gentil toutou. Depuis son balcon, Sam observe la jeune femme aux jumelles – fenêtre sur piscine. Mais, de la même manière qu’elle est entrée dans son champ de vision (accidentellement), la jolie blonde disparaît hors champ. Sam va alors remuer la terre de certains quartiers de L.A à sa recherche, plongeant dans les abîmes d’une ville aux allures de piste aux étoiles. Comme Alice chez Carroll ou Bill chez Kubrick (Eyes Wide Shut), Sam va s’engouffrer dans le terrier du lapin blanc et vivre un bad de trip au pays des merveilles. Plus qu’un bel objet pop et plastique, Under The Silver Lake prolonge le mouvement de la pensée de son auteur. Une pensée qui fait des vagues sur les images lisses dont on nous abreuve dès le plus jeune âge, des images carnivores. David Robert Mitchell passe un coup de dissolvent sur le vernis de la pop culture, réveillant monstres (sacrés, comme Hitchcock, Carpenter, Altman et Lynch) et mythes jusqu’à donner le vertigo au héros indolent interprété par Andrew Garfield. Des scènes de génie – celle du créateur et sa leçon de piano deviendra anthologique – dans ce film noir au langage crypté (et méta) sur le passage vers la vie d’adulte – processus aussi délirant que violent. Brillant.

Réalisé par David Robert Mitchell. Avec Andew Garfield,  Riley Keough, Topher Grace …  Durée : 2H19. En salles le 8 août 2018.

Dogman de Matteo Garrone

Déjà deux Grands Prix à son actif (Gomorra en 2008 et Reality en 2012), Matteo Garrone revient à Cannes avec l’histoire d’un toiletteur pour chien chétif et docile qui va reprendre du poil de la bête entre deux rails de coke. La raison du plus fort est-elle toujours la meilleure ? Le réalisateur se donne 1H40 pour répondre à la question que La Fontaine avait formulée dans sa fable Le Loup et l’agneau comme une moralité. Version canine (et Garrone), ça donne l’épagneul – Marcello – et le pitbull – Simone, l’enragé de la station balnéaire italienne dépeuplée où se niche l’action. Marcello est un brave type, loyal et conciliant. Sa vie tourne autour des chiens dont il s’occupe et de sa fille – il en a la garde partagée. Une routine qui le satisfait, jusqu’à ce que Simone la fasse dérailler. Simone, c’est la brute du quartier, le nez cassé bourré de cocaïne qui cause des problèmes à tout le voisinnage, surtout à Marcello qui, par peur des représailles, encaisse sans broncher. Théorique, Dogman n’est pas à la hauteur des promesses que le papier lui prêtait. Sa trajectoire est sans surprise, son récit cadnacé, sa petite musique cynique usante. Inspiré d’un sombre et cruel fait divers, Dogman est, comme le dit son réalisateur lui-même, une fiction sur la violence – éprouvée et purgée. Une fiction virile qui tourne sur elle-même. L’emporte heureusement l’interprétation de Marcello Fonte – peut-être un prix à l’horizon.

Réalisé par Matteo Garrone. Avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Alida Baldari Calabria … Durée : 1H42. En salles le 11 juillet 2018.