Prendre le large de Gaël Morel

Se réinventer

Gaël Morel n’est jamais aussi convaincant que lorsqu’il construit son film autour d’une figure féminine. Après Elodie Bouchez, vectrice des désirs dans A toute vitesse (1996), Catherine Deneuve, mère endeuillée et obsessionnelle dans Après lui (2007), c’est à Sandrine Bonnaire qu’il offre une partition délicate et vibrante dans Prendre la large.

Edith a 45 ans et accepte une proposition inacceptable : renoncer aux indemnités de licenciement qui lui sont dues par l’usine de textile qui l’emploie et quitter Villefranche-sur-Saône pour Tanger dans le cadre d’une mutation-alibi. Si Edith part sur un coup de tête, c’est qu’elle n’a que ça, son travail et qu’elle n’a pas grand-chose à perdre. Cette délocalisation désespérée va s’avérer salvatrice. C’est une véritable renaissance qu’Edith va vivre au Maroc, elle va se retrouver, faire la paix avec elle-même et se réinventer une famille, de celles qu’on choisit. Sans angélisme ni folklore, Morel donne à voir toutes les contradictions de la société contemporaine quelque soit le côté de la Méditerranée : la violence sociale de l’entreprise, la nécessité de l’enracinement (et du déracinement comme moteur de changement), et l’enrichissement humain qui découle de la rencontre avec l’autre, si différent et si semblable.

Bonnaire illumine de son naturel ce portrait d’une femme qui choisit sa vie. Elle est de quasiment chaque plan, se réinvente par petites touches, distille son fameux sourire avec une parcimonie précise et donne corps à cette femme qui va s’ouvrir peu à peu et toucher du doigt les prémices du bonheur. Elle est éblouissante d’humanité dans ce qui est, à ce jour, le meilleur film de Gaël Morel.

Photos : Copyright Michaël Crotto / Les Films du Losange