Roubaix, une lumière de Arnaud Desplechin

Les amantes criminelles

Copyright Shanna Besson-Le Pacte

On ne l’attendait pas là. Arnaud Desplechin surprend avec un polar poisseux ancré dans sa ville de Roubaix et qui vient d’avoir les honneurs de la compétition officielle cannoise. Le nordiste avait été marqué, il y a quelques années, par un fait divers dont il fait le sujet de son nouveau film : deux jeunes femmes en couple qui assassinent leur vieille voisine pour un butin ridicule. Si Desplechin se plait à mettre en scène le duo Léa Seydoux / Sara Forestier en marginales crasseuses (pas tout à fait convaincantes par ailleurs), il concentre son attention sur le contrechamp : le duo de flics dépêché sur l’enquête (Roshdy Zem, sobre et Antoine Reinartz, surprenant) dont il tente de sonder les doutes, les méthodes, les croyances. En se concentrant sur le déroulé précis de l’enquête, ses égarements et ses virages, le cinéaste parvient à tirer le meilleur d’un fil narratif ténu en travaillant sur l’atmosphère et les affres d’une misère sociale qu’on ne veut pas voir. S’il s’égare parfois au détour d’une réplique dans la psychologie de comptoir (ou plutôt de cellule), il réussit haut la main le défi de renouveler les codes d’un polar à la française en l’immergeant dans cette France pauvre, abandonnée par l’État, et en perte de repère et de valeurs. Pas de bonne conscience, pas de morale quand on ne fait que survivre dans un quotidien mortifère fait d’ennui et d’addictions multiples. Avec ces ambiances réalistes, son récit sans concession et la force de cinéma qu’y injecte Desplechin, Roubaix, une lumière interroge et, finalement, saisit. La lumière du titre, c’est celle des croyances et des espoirs, celle qu’on dirige sur quelques destins pour mieux comprendre le monde. La lumière, c’est aussi celle du cinéma, une langue qu’Arnaud Desplechin maîtrise définitivement à merveille.

Réalisé par Arnaud Desplechin. Avec Léa Seydoux, Sara Forestier, Roschdy Zem, Antoine Reinartz, … Durée : 1H59. En salles le 21 août 2019. FRANCE