Sankara n’est pas mort de Lucie Viver

Par Farah Clémentine Dramani-Issifou

Après plusieurs sélections en festivals (Festival de Goteborg, Cinéma du Réel, Fidadoc…) et à défaut d’une sortie en salles de cinéma due à la crise sanitaire, Sankara n’est pas mort de Lucie Viver sort en e-cinéma partout en France et est visible sur la plateforme la25eheure.com. Plusieurs salles ont déjà répondu favorablement à cette nouvelle formule et des débats seront organisés avec la réalisatrice et Bikontine, le protagoniste principal du film, à l’issue des projections.

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Mêlant des images filmées par la réalisatrice à des archives et une musique originale signée Rodolphe Burger, le premier long métrage documentaire de Lucie Viver dresse un portrait intime et politique de la société burkinabé à travers le personnage de Bikontine. « J’allais partir, mais un jour l’espoir se planta dans mon rêve », c’est la prose du jeune poète, ses espoirs et ses doutes, qui nous guident dans ce périple à la rencontre du peuple burkinabé. Ses vers font écho aux combats d’hier et d’aujourd’hui. Que sont devenus les rêves sankaristes, trente ans après l’assassinat d’un des illustres héros du continent africain ? Le voyage initiatique de Bikontine questionne l’héritage contemporain du révolutionnaire Thomas Sankara qui a dirigé le Burkina Faso entre 1983 et 1987. A travers ses errances et ses dérives, le poète devient passeur. Entre road movie et western contemporains, le film montre un pays au travail, des femmes et des hommes engagés dans la construction de leur nation. On y rencontre au gré des arrêts du train dans les villes et les villages, une professeure des écoles dans sa classe, un médecin, des coupeurs de canne à sucre, des balayeuses de rue ou encore des cantonniers qui creusent une tranchée. Cinq ans après les soulèvements populaires qui ont chassé Blaise Compaoré du pouvoir après 27 ans de règne, le film porte un regard sur la situation actuelle et révèle en contrechamp l’histoire politique contemporaine du Burkina Faso.

A l’instar de Capitaine Thomas Sankara de Christophe Cupelin (Suisse, 2015) ou encore Place à la révolution de Kiswendsida Parfait Kaboré (Burkina Faso, 2017), Sankara n’est pas mort démontre toute l’acuité et l’actualité du combat sankariste, soixante ans après l’indépendance du pays. Ici la rhétorique politique côtoie la prose poétique et Bikontine montre à quel point l’art et la société sont intimement liés. Au peuple burkinabé, Thomas Sankara lance une invitation à réfléchir à « cet avenir » qu’il faut oser « inventer ». Un documentaire immanquable au cœur duquel se joue une réflexion sur le devenir politique du monde, en période incertaine, de Ouagadougou à Paris.

Réalisé par Lucie Viver. Durée : 1H49. En e-cinéma dès le 29 avril. FRANCE