Sauvage de Camille Vidal-Naquet

A fleur de peau

Notre héros s’appelle Léo. Il a 22 ans et fait des passes pour survivre. Pas de foyer, mais la rue et les bois comme refuge, même pas l’appartement d’un client pour la nuit – son odeur en rebute plus d’un. Un jour, sur ses plates-bandes (de plus en plus squattées par la concurrence), Léo rencontre un gigolo sur lequel il flashe. Un amour qui le fait courir autant que souffrir tandis que les bas-fonds l’engloutissent. La lutte est sensible. Camille Vidal-Naquet ne lâche pas Léo des yeux et filme (caméra épaule) sa trajectoire circulaire – une spirale qui aspire le héros dont la chute inévitable le conduit dans le caniveau. Rugueux, brutal, mais aussi tendre et sensuel, Sauvage, premier film de Vidal-Naquet, est à fleur de peau, comme ce jeune homme en marcel blanc qui ne sait pas quel sens donner à sa vie ni par quel bout la prendre. Le réalisateur nous transporte quelque part entre le cinéma de Pasolini et celui de Despentes, un cinéma qui prend aux tripes et affronte le réel sans gant. La claque est d’autant plus forte que le film révèle le talent de deux acteurs en train d’éclore : Félix Maritaud (un des seconds rôles dans 120 battements par minute et lauréat du premier Prix Fondation Louis Roederer de la Révélation de la 57e édition de La Semaine de la Critique), incandescent, et Eric Bernard, magnétique. Retour à l’état sauvage au sein d’une société repoussante, hostile et cruelle. Dès la première séquence, Camille Vidal-Naquet rejette d’un revers de main pathos et complaisance pour ne se concentrer que sur ce héros, son corps sacrifié et ses rêves minces. Un portrait sulfureux et ténébreux d’un garçon qui ne connait que la marge, incapable de tenir le rang. Vif et incisif.

Réalisé par Camille Vidal-Naquet. Avec Félix Maritaud, Eric Bernard, Philippe Ohrel … Durée : 1H37. En salles le 29 août 2018.