Sicilian Ghost Story de Fabio Grassadonia et Antonio Piazza

Conte de fait divers

Le duo de réalisateurs de Salvo, récompensé du Grand Prix de la Semaine de la Critique en 2013, revient avec un film puissant et déroutant qui imprime de l’intime sur un fait divers tragique. Luna et Guiseppe, 13 ans, sont amoureux. Quand le jeune garçon est enlevé par la Mafia pour atteindre un père qui a trahi les siens, Luna va se persuader qu’elle peut le retrouver, le sauver quitte à braver des mondes hostiles : la forêt, le lac, la mafia.

A l’origine, le film est construit sur la trame d’un fait divers sordide : l’enlèvement, la séquestration et l’assassinat du jeune fils d’un mafieux qui a balancé une fois arrêté et que ses anciens amis ont voulu faire taire puis punir mais également sur la version romancée d’ Il Cavaliere bianco, une nouvelle de l’écrivain à succès italien Marco Mancassola (La Vie sexuelle des super héros).

Si cette variation sicilienne sur le thème de Roméo et Juliette surprend et séduit, c’est par ses partis pris d’une plongée codifiée dans un univers fantastique et onirique comme pour rompre avec la forme de réalisme frontal et déshumanisant d’un sujet de JT factuel. La forêt mystérieuse, les rêves et visions, les fantômes et un bestiaire ad hoc agissent sur les sens comme autant de réminiscences des contes horrifiques de l’enfance. Cet alliage inédit était franchement casse-gueule mais le jusque boutisme lyrique l’emporte finalement et l’émotion circule à vif pendant un peu moins de deux heures comme le sang dans les veines d’un adolescent amoureux.

Réalisé par Fabio Grassadonia et Antonio Piazza.  Avec Julia Jedlikowska, Gaetano Fernandez, Corinne Musallari, Vincenzo Amato. Durée : 1h57  – En salles le 13 juin 2018 – ITALIE – SUISSE – FRANCE.