Sofia de Meryem Benm’Barek

(Dé)pression sociale

Réalisatrice de plusieurs courts métrages dont Jennah, en compétition pour l’Oscar du meilleur court métrage en 2015, Meryem Benm’Barek signe un premier long, Sofia, présenté à Cannes dans la sélection Un Certain Regard cette année où il a reçu de chaleureux applaudissements. Sofia met en scène une jeune femme enceinte et honteuse, interprétée par Maha Alemi (inégale). Sur le point d’exploser, Sofia doit se résoudre à aller consulter un médecin, sans savoir véritablement ce qui l’attend. Le hic, c’est qu’au Maroc, avoir un enfant hors-mariage est puni par la loi. Il faut donc mettre la main sur le père de l’enfant et régulariser la situation de Sofia. Une quête éprouvante menée par l’héroïne et sa cousine et complice Lena (Sarah Perles). Sofia a les défauts d’un premier film : un scénario chancelant, un point de vue vacillant, un propos trop garni (la condition de la femme dans une société marocaine hautement patriarcale et privative, les inégalités sociales, le déterminisme, l’injustice, la maternité, la paternité). Meryem Benm’Barek tente d’insuffler à cette chronique la vitalité du thriller, filmant Casablanca, ville qui sert de décor à l’action, sous toutes ses coutures, dans tous ses états et ses couleurs, des plus solaires aux plus obscures. Sa beauté et sa tension sont soulignées par des travellings lents et discrets. Mais le caractère politico-social du film finit par prendre complètement le dessus. Car s’ajoute à la trajectoire de Sofia celle de son enfant, pas encore né et déjà traité comme une marchandise dont on négocie la propriété. Des gens pauvres, soucieux de leur réputation, et des gens riches, prêts à tous les sacrifices pour obtenir ce qu’ils veulent, voilà ce qui se joue ici. « Ce qui détermine le statut de victime, ce n’est pas le genre, mais la situation économique » explique Meryem Benm’Barek. Sofia ne tombe pas dans l’engagement frondeur et frimeur auquel ce genre de drame social peut conduire – c’est agréable – mais les défauts d’écriture rongent les liens que le film noue avec le spectateur – on pense notamment à la fin (qu’on ne dévoilera pas) qui prend la forme d’un twist, d’une pirouette un peu facile. (Trop) de bonnes intentions font un premier film irrégulier, parfois saisissant, parfois décevant.

Réalisé par Meryem Benm’Barek. Avec Maha Alemi, Lubna Azabal, Sarah Perles … Durée : 1H25. En salles le 5 septembre 2018. FRANCE – MAROC.

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