Vivre et chanter de Johnny Ma

Un monde perdu

Zhao Li dirige avec passion son petit théâtre d’opéra traditionnel du Sichuan dans la banlieue de Chengdu avec, à ses côtés, la star de la troupe, sa nièce Dan Dan. Mais le quartier est en passe d’être complètement démoli en vue d’un plan de modernisation à marche forcée. Ce n’est que quand elle reçoit l’avis de démolition qu’elle se voit contrainte d’agir par tous les moyens pour trouver une façon d’éviter que soit signé l’arrêt de mort de sa petite troupe familiale.

crédit : Epicentre Films

Très joli film chinois, coproduit par la France et présenté en mai dernier à la Quinzaine des réalisateurs, Vivre et chanter ouvre les portes de tout un pan de la culture traditionnelle chinoise de l’opéra qui, loin des fastes et des dorures que peut évoquer le genre dans les pays occidentaux, est ici un art populaire qui joue sur la proximité avec les populations environnantes. Le film est riche en représentation des diverses formes que recouvre cet art ancestral : du chant bien sûr et des costumes et masques rutilants et des histoires d’amours impossibles, mais également des cascades, des combats au sabre réglés au millimètre et des échappées dans le monde du burlesque. A noter que le réalisateur Johnny Ma, qui vit au Canada et a déjà réalisé Old Stone en 2016, s’est infiltré dans une réelle troupe d’opéra et que chacun des comédiens joue peu ou prou son propre rôle.

Bien sûr, le destin de ce petit théâtre local et fauché, fait écho à celui de ses banlieues ravagées par les travaux des villes, ses petites agglomérations vétustes et villages abandonnés qui vivent des bouleversements souvent arbitraires dû à la volonté farouche d’un état peu enclins aux négociations, de se moderniser le plus rapidement possible. Le film, délicat et inclusif quant aux traditions artistiques millénaires et populaires qui sont sa toile de fond, évoque avec délicatesse un monde perdu dont les derniers vestiges font office de résistance. Le combat de ce petit théâtre et de ceux qui le peuplent n’est ni plus ni moins que celui de la tradition contre la modernité, et porte, en creux, celui des petits contre l’arbitraire. Si on y chante pour défier le destin, c’est surtout de vivre dont il est question et, en cela, le propos de ce film, habillé de tendresse, d’envolées oniriques et spectaculaires et d’une faculté à voir avant tout et partout la beauté du monde, est éminemment politique.

Réalisé par Johnny Ma. Avec Zhao Xiaoli, Gan Guidan, Yan Xihu, Yan Huanghe, Deng Xiurong, Liu Min, Li Tangrong, … – CHINE-FRANCE – 1h39 – En salles le 20 novembre 2019 (Epicentre Films)