Zoom sur Corps étranger, La Fête est finie et L’Amour des hommes

Coup d’œil sur les sorties du 21 et 28 février 2018 : trois films français dans le viseur de FrenchMania.

Corps étranger de Raja Amari

2 filles, 1 garçon, 3 possibilités

Arrivée en France comme échouée sur la côte d’un territoire inexploré, Samia a fui la Tunisie et un frère radicalisé. Arrivée à Lyon, elle est guidée par Imed dans les premiers jours du reste de sa vie. Vite consciente que l’appartement-refuge occupés par ses compatriotes mâles ne sera d’aucune aide dans son désir d’émancipation, Samia saute bille en tête sur la première occasion qui se présente à elle. Elle entre au service de Leila, une bourgeoise, veuve, seule, issue comme elle de l’immigration. Ce trio composite (Samia, Leila, Imed) donne à voir des visages très différents de l’immigration tunisienne. Mais le film de Raja Amari ne se limite pas à ce portrait à trois têtes, il évolue au fil des relations qui se tissent entre les personnages et dessine finalement un point de vue assez rare qui s’affranchit des clichés. Là où la réalisatrice imprime ce film de son regard singulier, c’est quand Samia, telle le jeune visiteur du Théorème de Pasolini, se retrouve à la croisée des désirs et créé autour d’elle une sorte de bulle de sensualité. Si tout cela ne s’exprime que de façon suggestive, la tension sexuelle est à son comble dans la dernière partie du film qui met l’humain, ses failles, ses doutes, ses frustrations et ses envies au cœur de son propos. La distribution est au diapason : la jeune Sara Hanachi est un concentré d’affirmation de soi, d’émancipation “punchy”, tandis que Hiam Abbas incarne une veuve qui explore à nouveau tout ce qui fait d’elle une femme plus qu’une épouse. Enfin Salim Kechouiche, découvert plus jeune dans le cinéma de Gaël Morel et vu depuis chez Ozon ou encore Kéchiche,  s’est épaissi, a gagné en maturité et en sensualité. Il n’y a pas qu’un corps étranger dans le film de Raja Amari, mais chacun devient le corps étranger de l’autre, des deux autres. Un long métrage original, intriguant, empreint d’une sensualité infinie. F. F-M.

En salles le 21 février 2018.

 

La Fête est finie de Marie Garel-Weiss 

Gueule de bois

En 1998, Erick Zonka filmait avec grâce et sentiment le périple intérieur de deux jeunes femmes, une blonde et une brune, interprétées par Élodie Bouchez et Natacha Régnier. Impossible de ne pas penser à La Vie rêvée des anges pendant la projection de La Fête est finie, et forcément, ce dernier souffre de la comparaison avec son aîné. Marie Garel-Weiss met en scène deux adolescentes paumées et junkies qui cherchent une porte de sortie à leur cauchemar. Mais leur amitié fusionnelle devient évidemment le nouveau foyer de la dépendance. Démonstratif et suranné, La Fête est finie nous laisse de marbre. Aucune émotion ne passe à travers l’image et les tremblements permanents du cadre finissent par avoir raison de nos nerfs. Ce premier long métrage de fiction filmé comme un documentaire tombe dans tous les pièges que le sujet tendait : la drogue c’est bon mais c’est mal, ça coupe du reste du monde, ça cache des traumas, mais ça se combat. Pas loin du spot de prévention. Sauf qu’on n’y croit pas. Jamais même. Les personnages sont sans épaisseur et contrairement à Erick Zonka, Marie Garel-Weiss joue la carte de la psychologisation à outrance, nous entraînant dans des groupes de prise de parole d’un didactisme affligeant. Les ficelles narratives sont énormes, et si les deux comédiennes, Zita Hanrot et Clémence Boisnard, tentent tant bien que mal d’exister, leur intensité est broyée par le manque de subtilité dans l’écriture et la réalisation. Pataud, daté et mollasson. A.C

En salles le 28 février 2018.

 

 

L’Amour des hommes de Mehdi Ben Attia

Amel et les garçons

C’est l’histoire d’une jeune photographe tunisienne qui, du jour au lendemain, se retrouve veuve. Sa vie bascule, mais son beau-père met tout en œuvre pour qu’elle ne manque de rien et l’encourage à vivre sa vie de femme et d’artiste comme elle l’entend (mais sous son toit). Elle tire alors le portrait de jeunes hommes qui, petit à petit, se dénudent face à son appareil. Amel prend le risque de les regarder, dans un pays où la femme est d’ordinaire l’objet du regard des hommes, et forcément, ça dérange les plus conservateurs et excite les plus pervers. Mehdi Ben Attia, réalisateur et scénariste, n’inverse pas ici les rôles. Il met en scène une forme de prise de pouvoir sensuelle par une femme dont la passion pour la photographie est le moteur de sa délivrance. Amel renverse les stéréotypes, bouscule les mentalités velues et austères, refuse l’ascendance des hommes sans pour autant renoncer à leur amour. C’est Hafsia Herzi (La Graine et le mulet, L’Apollonide), parfaite, qui interprète la photographe – la modernité de son jeu collant à la perfection à ce personnage fougueux et frondeur. Les lumières du printemps, des modèles et des muses qui changent de nature, et à l’horizon : la liberté. L’Amour des hommes, un film brûlant qui désajuste les schémas classiques. A.C

En salles le 28 février 2018.