La forêt des secrets
Après avoir saisi, au travers d’un prisme très personnel, les manifestations des Gilets jaunes en 2018 et son histoire d’amour avec un manifestant dans le percutant Boum Boum (2022), Laurie Lassalle poursuit ses recherches de documentariste activiste dans la Z.A.D. de Notre-Dame-des-Landes avec son nouveau film, Forêt Rouge. Sous l’apparence d’une œuvre moins intime, la cinéaste se tourne vers un autre procédé narratif. Elle abandonne sa voix de narratrice et sa présence comme principale protagoniste inscrite dans un mouvement (autrement dit, sa subjectivité), s’effaçant au profit du collectif. Le point de vue de sa caméra nous apparait comme étant ici celui de la forêt, de celle-ci en particulier, comme lieu, territoire, représentante à la fois de la nature et du lien avec l’humain, dans une approche sensible. Laurie Lassalle s’installe avec son sac à dos et sa caméra dans la ZAD au moment de l’annonce de l’abandon du projet d’aéroport par Édouard Philippe et la série d’expulsions et la vague de répression qui vont suivre dans cette forêt qui n’a plus été administrativement une forêt. En immersion, armée de patience, au fil des saisons, son regard tendre envers les occupants et leurs paroles oscille entre des scènes délicates où l’on caresse les écorces de ces bois aux mille histoires, réveillant toutes sortes d’imaginaires, et d’autres en pleine guerre, lors des affrontements avec les CRS venus en armée. D’un côté, il y a ce chaos et cette violence contre laquelle les occupants résistent et puis, il y a les temps de reconstructions perpétuelles, du soin et de la fête. C’est là la force de la cinéaste, son observation immersive d’un territoire, pendant plusieurs années, lié aux luttes, aux idéaux et au vivant, auprès duquel le cinéma s’approche par nécessité pour rendre compte d’une autre manière de faire société. En amplifiant le réel capturé par les multiples caméras et avec l’aide de ses « camérades », en esthétisant la bande sonore du film, c’est comme si dans chaque plan se logeait délicatement un geste d’espoir et de poésie pour no(s) futur(s).
Écrit et réalisé par Laurie Lassalle. 1h44 – Les Alchimistes. En salles le 14 février 2026.


