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Imperial Princess de Virgil Vernier

par | 20 Jan 2026 | CINEMA, z- 1er carré gauche

Bons baisers de Monaco

Avec Imperial Princess, moyen métrage improvisé dans les marges du tournage d’un nouveau long, Virgil Vernier poursuit son exploration des paradis fiscaux où résident les ultrariches. Après la jeunesse dorée genevoise de Sapphire Crystal (2020) et les orphelins monégasques désenchantés de 100.000.000.000.000 (à lire dans notre compte-rendu du festival de Locarno, 2024), le réalisateur français jette à nouveau son dévolu sur la principauté de Monaco pour raconter le glissement vers la paranoïa de Iulia, adolescente russe livrée à son sort suite au départ précipité de son oligarque de père, au début de l’invasion de l’Ukraine.

Cinéaste versatile et inclassable naviguant du court au long métrage, de la fiction au documentaire, Virgil Vernier bâtit depuis ses débuts une œuvre dont l’hybridité n’enlève rien à la cohérence : la cartographie d’une Europe mythifiée, à la lisière du merveilleux et de l’ultra contemporanéité. Ici, la ville-État adorée des grandes fortunes fait office de royaume enchanté et Iulia, jeune fille aux cheveux blonds et à la peau nacrée, de princesse. Murée dans son palais des glaces – un studio de danse flanqué d’un matelas –, la captive fait les cent pas, compte ses jours de solitude et attend que quelqu’un, quelque chose, vienne la délivrer.

Comme souvent chez Vernier, l’intérêt du film repose grandement sur son dispositif formel : Imperial Princess se présente sous la forme d’un journal filmé à l’iPhone et narré par sa protagoniste. Dans ce climat d’isolement qui confine à l’angoisse, Iulia n’apparait que par l’entremise de son reflet dans les vitres et les miroirs croisés lors de ses errances. Son corps absenté, son existence devient peu à peu celle d’un fantôme qui hante la principauté – à l’école, ses camarades lui confirment que sa présence n’est plus désirée. Dans cette humeur mélancolique, la jeune femme cherche désespérément une âme qui pourra la rassurer, la soustraire à l’ennui. Mais, conformément à ce plan dans lequel son image se superpose aux remous de la mer, son identité est définitivement brouillée, volatile et insaisissable.

C’est qu’il y a quelque chose de pourri au royaume de l’argent : capté dans l’image sale en basse résolution de l’iPhone, Monaco n’a jamais semblé aussi laide. Striée d’immeubles menaçants, trouée d’interminables galeries marchandes anonymes, bardée de grillages métalliques, la petite monarchie apparaît comme une cage dorée dont le luxe ostentatoire dissimule mal la médiocrité esthétique. Ses habitants fortunés, piégés hors du monde dont l’agitation géopolitique ne leur parvient que sous la forme d’une rumeur étouffée, sont condamnés à flamber pour exister. Une dépense qui tourne à vide et qui, confinée dans cette bulle qui menace d’exploser, ne peut que conduire  à l’asphyxie. Au dehors, le Grand Prix se prépare et de petits hommes friqués font hurler leur moteur et crisser leurs pneus avant d’enchaîner les tours de piste jusqu’à l’épuisement, et noyer leurs semblables dans un nuage de fumée toxique.

Réalisé par Virgil Vernier, avec Iulia Perminova. Durée : 48 min. Distribué par Shellac. 

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