Dans la maison
Les pièces d’une maison bourgeoise se dévoilent, des rais de lumières s’infiltrent comme pour signifier que la vie continue malgré le décès de la grand-mère qui fige les lieux d’une pesanteur sourde. La vie de Marianne (Mélanie Thierry) est sur un point de bascule. Femme d’un riche industriel (Eric Caravaca) pas encore quadra, elle accueille chez son beau-père les condoléances de la famille qui arrivent dans la maison familiale. Blonde, douce et souriante, l’épouse parfaite et mère attentive, voit un nouveau piège se refermer sur elle quand il s’agit de s’installer dans la demeure isolée et de veiller sur son beau-père diminué et passablement acariâtre (Jérôme Deschamps). Elle tient bon, tente de continuer à faire bonne figure mais le cœur n’y est plus. Même le corps n’exulte plus dans la relation « avec bénéfice » qu’elle entretient avec son séduisant loser de beau-frère (Arnaud Valois). Cette vie finalement bien terne devient un poids qui semble peser de jour en jour plus lourd et toute échappatoire deviendra salvatrice…
En adaptant le roman d’Hélène Lenoir, Son nom d’avant, David Roux signe, quelques années après son excellent premier film L’Ordre des médecins, un récit d’émancipation singulier et vibrant qui rappelle le cinéma de Chabrol tout en embrassant l’époque. La mise en scène tisse une toile invisible autour de son personnage titre sans jamais tomber dans la caricature ou dans la sur-écriture. Huis clos progressif et pesant, La Femme de est un film simple et puissant, presque littéraire tant il donne à saisir l’intériorité de son héroïne quand il convoque les souvenirs, les regrets et les lignes de fuite que le destin a dessiné.
Si le film doit beaucoup à la qualité de jeu de l’ensemble de la distribution, il est un nouvel écrin pour son actrice principale. Incarnation de la charge mentale, de la dilution de l’être dans ses rôles à assumer (épouse, mère, maîtresse, belle-fille…) face à l’ingratitude générale de celles et ceux qui profitent de son implication sans faille, Mélanie Thierry est, une fois de plus, extraordinaire, dans ce rôle de femme discrète qui reprend son destin en mains. Le moindre de ses gestes, de ses regards, de ses silences, de ses sourires porte en lui une charge émotionnelle subtile et bouleversante.
La Femme de, un film de David Roux, écrit par David Roux et Gaëlle Macé, avec Mélanie Thierry, Eric Caravaca, Arnaud Valois, Jérôme Deschamps… – Jour2Fête – 1h33 – En salles le 8 avril 2026

