Sélectionner une page

Dao de Alain Gomis

par | 3 Mai 2026 | CINEMA, z - 1er carre droite

Entrez dans la transe 

On avait quitté Alain Gomis en 2022 avec Rewind and play, un détonnant film de montage consacré aux archives télévisuelles rarissimes du pianiste de jazz américain Thelonious Monk. En attendant le biopic qu’il souhaite réaliser du pianiste, le cinéaste nous surprend une fois encore avec une immense fresque de trois heures dont le montage parallèle emprunte au jazz son rythme, ses motifs et ses répétitions. C’est en chef d’orchestre qu’Alain Gomis dirige cette comédie dramatique qui explore les thèmes de la diaspora, de la mémoire et de la transmission. On nous l’annonce d’emblée, Dao, c’est le «mouvement perpétuel et circulaire qui coule en toute chose et unit le monde » – parfaite façon de présenter ce nouveau long-métrage. Dès la séquence d’ouverture, un parti pris de distanciation s’affiche à travers des scènes de casting dans lesquelles des actrices se racontent, jusqu’à ce que Katy Correa (cousine du cinéaste) s’affirme comme personnage principal, Gloria. À ses côtés, D’Johé Kouadio incarnera Nour, sa fille de fiction. En une variation, le film nous transporte de ces entretiens de casting en Guinée-Bissau (soit à l’intérieur de la fiction) où les deux femmes se rendent à la cérémonie de deuil du père de Gloria dans le village dont il est originaire pour rendre un dernier hommage en famille. Un an après, Nour se marie en banlieue parisienne. Les images se déploient ainsi entre les deux cérémonies, de la mort à la vie, de l’Afrique à l’Europe dans un fabuleux élan brisant toutes les conventions du documentaire et de la fiction. Des acteurs professionnels se glissent subtilement parmi les non-professionnels. Thomas Ngijol, Samir Guesmi, ou encore le comédien de théâtre Nicolas Bouchaud, se retrouvent parmi les invités du mariage dans des rôles de cousin, ex-amant ou nouveau compagnon. Dans cette grande farandole, la famille révèle la force du collectif comme une mise en abime du tournage de cinéma mais ne noie jamais l’individu dans la foule. Évidemment, principale protagoniste, lien entre son père et sa fille, Gloria comme le pivot central de ce récit. Son prénom qui signifie « gloire à Dieu » se veut chargé de références et réveille tout un imaginaire musical et cinématographique allant de la chanson de Van Morrison, reprise par Patti Smith, à Gena Rowlands dans un de ses plus grands rôles chez Cassavetes. Gomis dessine ainsi le puissant portrait d’une femme française d’origine africaine, à l’heure de l’héritage, entre les rites et traditions et le contemporain, aussi riche, libre et inébranlable que le film lui-même, qui nous aura emporté dans un tourbillon halluciné comme une transe mystique ou simplement le chemin de la vie.

Écrit et réalisé par Alain Gomis. Avec Katy Correa, D’Johé Kouadio, Samir Guesmi… 3h12 – Jour2fête. En salles le 29 avril 2026.

Pin It on Pinterest

Share This