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Festival de Cannes 2026 – Nos attentes francophones

par | 12 Mai 2026 | CINEMA, Reportage, z - Milieu

À quelques heures de l’ouverture du 79e festival de Cannes ce mardi 12 mai, focus sur les attentes de la rédaction, toutes sélections confondues.

Cette année, la course à la Palme d’Or s’avère aussi prometteuse en termes d’attentes suscitées, que frileuse en termes de géographie. Décryptage.

Beaucoup d’Europe, un peu d’Asie et une discrète présence des États-Unis. Pour le plus grand festival de cinéma du monde, le panorama géographique de la compétition pour la Palme est fort réduit. C’est aussi l’avis de Mediapart, qui affirme, chiffres à l’appui, que l’édition 2026 est « la plus resserrée depuis quinze ans en termes de diversité des nationalités ». Par ailleurs, « aucun [des films de la compétition] n’a été produit en dehors de la sphère occidentale (Europe, États-Unis, Japon et Corée du Sud) » note la revue de cinéma décoloniale Emitaï dans son édito percutant. Sans remettre en question la qualité des films que l’on a hâte de découvrir, il semble que, dans un monde qui « s’assombrit et perd ses repères » pour citer Iris Knobloch, cette compétition semble faire le choix assumé du compromis… en restant loin des zones d’ombre et des conflits.

Notre Salut © Kidam & Michigan Films

Niveau francophonie, si la France est évidemment présente en force, il est intéressant de noter que deux réalisateurs étrangers présentent des films en Français : Soudain du Japonais Ruysuke Hamaguchi et Histoires Parallèles de l’Iranien Asghar Farhadi se déroulent à Paris – et se partagent la présence de la Belge Virginie Efira. Sur les (seulement) cinq réalisatrices pouvant cette année repartir palmées, on compte les trois Françaises Jeanne Herry, Léa Mysius et Charline Bourgeois-Tacquet. Il avait affolé la critique cannoise avec Onoda (ouverture Un Certain Regard, 2021) et cosigné le scénario d’Anatomie d’une Chute : c’est sans surprise qu’Arthur Harari fait son entrée en compétition avec L’Inconnue. Repéré à la Semaine de la Critique avec Rien à Foutre coréalisé avec Julie Lecoustre (avec Adèle Exarchopoulos en hôtesse low cost), Emmanuel Marre débarque en compétition avec un récit inspiré de son aïeul dans la France de Vichy : Notre Salut suscite déjà beaucoup de curiosité.

C’est du côté d’Un Certain Regard qu’il faudra donc chercher pour une certaine ouverture géographique de la sélection officielle. L’Afrique en tête, avec des films venus du Maroc (La màs dulce, Leila Marrakchi), du Rwanda (Ben’Imana, Marie Clémentine Dusabejambo) et de la République Démocratique du Congo (Congo Boy, Rafiki Fariala). Après son court-métrage Moi aussi en 2024, Judith Godrèche présentera Mémoire de Fille adapté d’Annie Ernaux, avec dans le premier rôle sa propre fille, Tess Barthélémy (un choix audacieux, peut-être trop ?). Ton animal maternel, de Valentina Maurel, Costa-Ricaine formée au cinéma à Bruxelles, est très attendu après son premier long réjouissant Tengo sueños eléctricos découvert à Locarno. Enfin après Le Nouveau, le comédien et réalisateur Rudi Rosenberg présente son deuxième long, Quelques mots d’amour.

Mémoire de fille © Windy Production – Moana Films

Mais il n’y a pas que la Compétition et Un Certain Regard, car la sélection officielle regorge de pépites attendues dans les sections hors compétition. À défaut de le revoir en lice pour la Palme d’or, on est impatient de retrouver Christophe Honoré dans la section Cannes premières avec Mariage au goût d’orange. Ce nouval opus reprend la thématique de sa pièce de théâtre autobiographique Le Ciel de Nantes (2021), suivant une famille nantaise à la fin des années 1970, et est porté par un casting séduisant : Adèle Exarchopoulos, Vincent Lacoste, Paul Kircher, Nadia Tereszkiewicz… Gessica Généus, qui avait présenté Freda en 2021 à Un Certain Regard, fait son retour avec un ovni belgo-luxembourgo-franco-haïtien : Marie Madeleine ou l’histoire d’une prostituée haïtienne qui rencontre un évangéliste. En Séance de minuit, nous retrouverons un autre cinéaste apprécié, Bertrand Mandico, qui bousculera la Croisette avec Roma Elastica, sorte de relecture eighties de La Dolce Vita de Fellini, avec Noémie Merlant et Marion Cotillard. Côté séances spéciales, on attend les deux premiers long-métrages de réalisatrices françaises dont les courts nous avaient enchantés. En premier, Les Matins merveilleux d’Avril Besson, qui avait signé le tendre Queen Size avec India Hair et Raya Martigny. Elle reprend les deux comédiennes, ainsi qu’Éric Cantona, pour une rencontre qui promet d’être haute en couleurs – et en mélancolie. Ensuite, Hélène Rosselet-Ruiz, que nous avions rencontrée quand son film était encore en préparation, présentera Triangle d’or, prolongation de son court-métrage Les Mains sales. Malou Khebizi (Diamant Brut) y interprète Laura, une jeune femme au service de la maitresse d’un prince saoudien. On a hâte de voir comment la cinéaste va déployer sur la longueur ce récit singulier et très personnel.

C’est une première : l’ouverture de la 65e édition de la Semaine de la Critique sera animée. Love-story déchirante sur fond de surf, In Waves, coproduction franco-belge signée Phuong Mai Nguyen, est adapté de la bande dessinée éponyme d’AJ Dungo, et pourrait bien être un des premiers pics d’émotion de cette édition. On a hâte aussi de découvrir La Gradiva, récit adolescent signé par la directrice photo Marine Atlan : elle a travaillé sur Le Ravissement donc ce qui est déjà sûr, c’est que ce sera sublime visuellement. La romance entre deux camionneurs de Du Fioul dans les artères de Pierre Le Gall, avec le toujours juste Alexis Manenti (Dalva, Le Ravissement), pourrait bien faire chavirer nos cœurs. Enfin, Adieu Monde Cruel de Félix de Givry, porté par Milo Machado Granier (Anatomie d’une chute), histoire drolatique d’un suicide raté, promet de clôturer l’édition en beauté.

La Gradiva © Les Films du Poisson – Tandem

Côté Quinzaine des cinéastes, on est impatients de découvrir le premier long-métrage de Lila Pinell, Shana, dans lequel elle retrouve la géniale Eva Huault cinq ans après leur collaboration sur le court-métrage Le Roi David. Ici, elle s’intéresse aux galères du quotidien d’une jeune femme entre la sortie de prison de son compagnon toxique, et sa famille dysfonctionnelle. Alors que son Full Phil avec Woody Harrelson et Charlotte Le Bon est présenté Hors compétition à l’Officielle, Quentin Dupieux sera aussi à la Quinzaine avec Le Vertige, un long-métrage d’animation avec Alain Chabat, Jonathan Cohen et Anaïs Demoustier. Un OVNI dystopique, dans lequel Jacques annonce à son ami Bruno que nous vivons dans une simulation… Intriguant ! Une autre bizarrerie qui a attiré notre attention, c’est le retour du cinéaste Alain Cavalier, avec le documentaire Merci d’être venu, dont on ne sait pas grand chose… hormis l’image d’une feuille de papier avec écrit « Vos désordres sont désirs ». L’ultime envie de filmer du réalisateur de 94 ans ? Affaire à suivre…

Enfin, cette année l’ACID a de nombreuses propositions francophones, et ça nous réjouit ! Notre cœur balance entre Cœur secret de Tom Fontenille, dans lequel le réalisateur raconte la transition de son père, et Virages de Céline Carridroit et Aline Suter, sur les péripéties de Johanna, le temps d’un été à Genève. Pour terminer, un autre duo de cinéastes retient notre curiosité : Lola Cambourieu et Yann Berlier, qui décortiquent dans Mauvaise étoile les mécanismes d’emprise d’une relation de couple.

Suivez notre journal de bord cannois pour découvrir nos critiques et pronostics !

SÉLECTION OFFICIELLE

COMPÉTITION

La Vie d’une femme de Charline Bourgeois-Tacquet

L’inconnue de Arthur Harari

Notre salut de Emmanuel Marre

Histoires de la nuit de Léa Mysius

UN CERTAIN REGARD

Mémoire de fille de Judith Godrèche

Quelques mots d’amour de Rudi Rosenberg

Siempre soy tu animal materno de Valentina Maurel

SÉANCE DE MINUIT

Roma elastica de Bertrand Mandico

CANNES PREMIÈRE

Marie Madeleine de Géssica Généus

Mariage au goût d’orange de Christophe Honoré

SÉANCES SPÉCIALES

Les matins merveilleux de Avril Besson

Le Triangle d’or de Hélène Rosselet-Ruiz

Semaine de la critique

La Gradiva de Marine Atlan

In Waves de Phuong Mai Nguyen

Du fioul dans les artères de Pierre Le Gall

ACID

Cœur secret de Tom Fontenille

Virages de Céline Carridroit et Aline Suter

Mauvaise étoile de Lola Cambourieu et Yann Berlier

Quinzaine des cinéastes

Shana de Lila Pinell

Le Vertige de Quentin Dupieux

Merci d’être venu d’Alain Cavalier

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