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FID 2026 – Nos coups de cœur

par | 14 Juil 2026 | Reportage, z- 1er carré gauche

Zoom sur trois films français présentés au FID de Marseille

La 37ème édition du FID de Marseille s’est achevée le 12 juillet et notre envoyée spéciale partage ici ses trois coups de cœur ! Trois films français en formes de portraits intimes, pudiques et singuliers.

1 – Journal du futur d’Agathe Bonitzer

C’est un journal du futur qui nous vient du passé. A 15 ans, Agathe Bonitzer reçoit une caméra de ses parents cinéastes et commence à filmer ses copines; logique d’un héritage familial, plaisir de se raconter et désœuvrement adolescent oblige. La caméra devient alors un rempart face à l’ennui, au reste du monde (celui des adultes) et documente le quotidien de ces amies. Que fait-on de sa vie et de son temps à 15 ans ? Agathe, Marine, Florence et Fanny, comme beaucoup d’autres avant et après elles, les remplissent de mots, de rires, de confidences mais surtout de projections sur le futur. Qu’est-ce que tu feras quand tu seras grande ? Tu aimeras les filles ou les garçons ? Mariée avec ou sans enfants ? Composé de ses rushs adolescents, ancêtres des vlogs dont regorgent aujourd’hui les réseaux, et de petits textes issus du journal intime de l’Agathe de 15
ans dont les saillies piquantes, mélancoliques ou angoissées contrastent avec la légèreté de l’ensemble, Journal du futur restitue sa matière brute et dépouillée comme une météorite venue d’ailleurs, intacte. La caméra passe de mains en mains, les plans sautent d’un visage à un autre, les reliques d’un autre temps (« j’ai plus de crédit sur mon téléphone ») se conjuguent à l’universel d’un âge (refaire éternellement Les 400 coups). Les individualités se frottent au collectif et l’immense question de soi, de l’identité s’entortille autour de croyances ancestrales. Et si l’univers ou le destin n’avait rien prévu pour moi ? Drôle et extrêmement émouvant, Journal du futur encapsule les préoccupations profondes de cette bande de filles en même temps qu’il témoigne d’un regard de cinéaste en pleine gestation et déjà très mûr.

2 – Les beaux visages de Pierre Voland

Bernard est né en Franche-Comté en 1950 dans une famille modeste d’agriculteurs où il était impossible de dire son attirance pour les garçons. Les Beaux Visages de Pierre Voland dessine très gracieusement le sien en trois dimensions et trois parties. Le film s’émancipe du format classique du portrait dont la mission première serait de faire jaillir une parole longtemps enfouie ; la caméra est plutôt ici un émetteur permettant de diffuser son histoire au plus grand nombre. Car Bernard n’a pas vraiment attendu son ami cinéaste pour se raconter ; son urgence à la dire devant un objectif malgré l’interdit (« je n’en ai jamais parlé ») y est d’autant plus vive. En 2017, Bernard a entrepris l’écriture d’une autobiographie dont le film restitue des bribes dans un premier segment au dispositif visible, posé : Bernard assis confortablement dans son fauteuil lisant son texte, contant sa vie traversée par d’innombrables douleurs et peines de cœur. Dans un second temps, c’est comme si Les Beaux visages allait regarder du côté des coulisses ; on retrouve cette fois-ci Bernard dans sa cuisine et Pierre Voland, dont on entend la voix, retravailler le texte, le discuter. La parole de Bernard y est différente, plus spontanée. En révélant son artisanat, Les Beaux Visages révèle aussi son projet : celui d’un film fait à deux où la question de la biographie se réalise davantage dans la projection avec les autres que dans l’introspection du journal intime. Dans un dernier mouvement bouleversant, journal d’une balade champêtre au son désynchronisé et à la mélancolie foudroyante, Les beaux visages restitue la genèse de cette relation tendre et miroir où le besoin de représentation queer paraît essentiel autant devant que derrière la caméra.

3 – Entre deux songes de Jonas Bak

Au cinéma, on connait par cœur les histoires d’un boy meets girl; un peu moins celle de cette sous-catégorie, plus rare, d’une girl meets girl, hors romance, genre spécifique et dénué de tout enjeu sentimental. C’est le cas d’Entre deux songes, le nouveau film de Jonas Bak présenté en compétition française, film impressionniste et pudique, tout entier dévoué à la question suivante : que produit la rencontre de deux individualités que tout sépare ( âge, origine, profession) ? Soit ici Lisa, jeune femme d’origine chinoise en pleine installation d’un cabinet de médecine alternative et Anke qui a toujours connu cette petite ville d’Allemagne, ses maisons bien alignées, ses sapins, ses rues quasi vides et ses hivers froids et qu’elle s’apprête à quitter. C’est dans un restaurant, dans une scène quasi muette aux regards complices que ses deux solitudes se reconnaissent. Elles ne se quitteront plus le temps d’un film aménagé comme une agréable et douillette promenade dont le seul but serait celui d’une errance au spleen doux et à la temporalité floue. Quelque chose du cinéma de Ryusuke Hamaguchi, de la finesse de son regard et de son penchant pour l’étude de personnages féminins complexes et mystérieux, infuse les pores de ce beau film patient où la question de trouver son chez soi est étrangère à toute notion géographique mais trouve son ancrage dans une intimité partagée et se réalise dans le soin qu’on lui consacre.

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