La métamorphose
Difficile de ne pas se sentir déboussolé après la projection du nouveau (et troisième) long métrage d’Arthur Harari. L’Inconnue, présenté en compétition au Festival de Cannes en mai dernier, est une œuvre monstrueuse et labyrinthique, à la mise en scène clinique et au mystère épais et constant. Le réalisateur de Diamant noir (2016) et Onoda – 10 000 nuits dans la jungle fait un virage à la fois serré et franc en adaptant Le Cas David Zimmerman, roman graphique co-écrit avec son frère Lucas Harari et publié en 2024. Il convoque tour à tour les univers de Kafka, Lynch, De Palma et, de facto, du cinéma d’Hitchcock (Vertigo en tête), sans jamais que ces références ne pèsent sur sa nouvelle œuvre, expérimentale, unique, troublante. Conte philosophique, body swap movie, drame réalistico-fantastique ancré dans une époque ultracontemporaine, L’Inconnue est tout à la fois, explorant le thème de l’identité et de la dissociation avec beaucoup de panache. Le film mute en permanence, mais reste de bout en bout teinté de cette fameuse inquiétante étrangeté qui lui colle à la peau. Il offre des images, des mouvements de caméra et des cadrages dont on redécouvre le sens, la grammaire et le langage. Ici, le héros s’appelle David Zimmerman. Un photographe de mariage introverti, interprété par un Niels Schneider méconnaissable – corps creusé et chétif, cheveux teints en noir et front haut. Une transformation bluffante. Embarqué malgré lui dans une fête de carnaval baroque (dans laquelle il dénote complètement), David croise une apparition dans un miroir. Pas son reflet, mais celui d’une jeune femme blonde, vêtue d’un imperméable. Une jeune femme qui l’entraine dans un sous-sol. S’ensuit une scène de sexe aussi bizarre qu’étonnante, filmée en caméra subjective (point de vue récurrent du film), qui provoquera une permutation dans le corps de l’autre. David se réveille, seul, dans l’enveloppe corporelle de cette inconnue, jouée par Léa Seydoux, au sommet de son art, multiple comme jamais. Après la transmutation, le film raconte l’investigation. L’enquête pour se retrouver soi-même. Depuis le corps d’une inconnue, David part donc à la rencontre de lui-même, tandis que sa propre enveloppe corporelle est maintenant habitée par Malia, jeune fille de 20 ans interprétée par Lilith Grasmug. Tiré par les cheveux, diront certains; habile numéro de funambule, diront les autres – on se tient plutôt de ce côté-là de la ligne. Une chose est sûre, L’Inconnue avance masqué, traçant de multiples pistes, toutes animées par le pouvoir de la fiction et par les croyances qu’elle agite. Ce que l’on voit, ce que l’on croit et comment notre imagination va s’emparer de tout ça, c’est toute l’ambition de ce film hybride et remuant porté par des acteurs sensationnels.
Réalisé par Arthur Harari. Écrit par Arthur Harari et Lucas Harari. Avec Léa Seydoux, Niels Schneider, Lilith Grasmug, Valérie Dréville… 2h20 – Pathé Films – En salles le mercredi 26 août 2026.

