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À voix basse de Leyla Bouzid

par | 22 Avr 2026 | CINEMA, z - Milieu

Une histoire d’amour

Un retour à Sousse, petite station balnéaire en Tunisie. L’enterrement d’un oncle aimé. Un secret de famille bien gardé. À voix basse, le troisième long métrage de la réalisatrice tunisienne Leyla Bouzid poursuit son exploration des questions existentielles et sentimentales qui travaillent la jeunesse tunisienne, entamée dans ses deux précédents films, À peine j’ouvre les yeux (2015) et Une histoire d’amour et de désir (2021). Si le premier racontait l’histoire de Farah, 18 ans, chanteuse de rock rebelle pendant l’été 2010, le second, situé à Paris, se penchait sur la romance entre un jeune Algérien né en France et une jeune Tunisienne venue y étudier, sur fond de poésie érotique arabe. Dans À voix basse, il n’est plus question de découverte du désir hétérosexuel mais de l’affirmation d’une homosexualité interdite en Tunisie. À travers la trajectoire du personnage de Lilia (Eya Bouteraa, une révélation), la réalisatrice lie étroitement l’intime et le politique et nous offre en cadeau un récit qui manquait encore au cinéma, celui d’un couple lesbien sur le territoire maghrébin. Ingénieure, Lilia vit en France avec sa compagne Alice (Marion Barbeau). Alors que le couple se rend à Sousse pour les funérailles l’oncle de Lilia, cette dernière, prise de panique, choisit de dissimuler sa relation à sa famille.

La découverte des circonstances du décès de l’oncle et du tabou de son homosexualité obsède Lilia au point de la pousser à mener sa propre enquête. Une enquête à double fond, puisque c’est aussi des réponses sur elle-même que Lilia cherche. L’un des plus beaux décors de ce film dramatique où la lumière et l’humour font leurs percées, c’est cette maison familiale où se recueillent toutes les générations, tenue par la grand-mère de Lilia, figure matriarcale imposante. Ce retour à Sousse, c’est aussi pour Lilia l’occasion de retrouver sa mère (merveilleuse Hiam Abbass), femme médecin aux traits rigides à qui Lilia n’a pas encore présenté Alice, ni même dit qu’elle aimait les femmes. On sent tout le soin que la réalisatrice met à représenter ces générations de femmes qui se sont transmises leurs peurs et le poids des non-dits. À voix basse est un film oxymore. Il sonde les contradictions qui verrouillent les situations et les relations entre Lilia et les siens, jouant des ombres et des lumières comme il joue des silences et des éclats de voix. Le superbe travail de Sébastien Goepfert à la photographie renforce ces contrastes, accompagnant le film, à mesure que Lilia se libère des chaînes qui retiennent ses élans, vers plus de lumière. Leyla Bouzid prend à bras le corps son sujet, observant avec délicatesse ce qui se fissure et ce qui se répare dans la vie de son héroïne. Un film porté par un sentiment d’amour universel, rendant hommage à celles et ceux dont les amours et les droits sont menacés en Tunisie, comme dans trop d’autres pays encore.

Écrit et réalisé par Leyla Bouzid. Avec Eya Bouteraa, Hiam Abbas, Marion Barbeau… 1h53 – Memento – En salles le 22 avril 2026. 

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