Un regard amoureux sur le cinéma français + francophone

Adam de Maryam Touzani

par | 5 Fév 2020 | CINEMA

En chœur

Nisrin Erradi et Lubna Azabal dans Adam – Copyright Ad Vitam

Son premier long métrage, la réalisatrice marocaine Maryam Touzani l’a voulu intimiste. Adam raconte le quotidien de deux mères célibataires dans une société rigide et patriarcale qui les marginalise et les juge. La première s’appelle Samia (Nisrin Erradi), sans argent, sans logement et enceinte jusqu’aux yeux, ce qui fait parler les mauvaises langues. La seconde, plus âgée, s’appelle Alba (Lubna Azabal). Elle est veuve, discrète, fait des msemen (crêpes marocaines) et élève sa fille de 8 ans dans une petite maison de Casablanca. Après avoir frappé à toutes les portes des habitants de la Medina, Samia, à la recherche d’un travail et d’un refuge, trouve enfin de l’aide auprès d’Alba. Ce qui se joue alors entre les deux femmes est bouleversant. Hostiles l’une à l’autre au départ, Samia et Alba vont finir par s’apprivoiser et apprendre, ensemble, à renouer des liens sociaux et amicaux, mais aussi à renouer avec leurs propres sensations et chair. On voit d’abord des visages mangés par la douleur et la peine, cernés en plans rapprochés, avant de constater que, progressivement, ils reprennent couleurs et vie. Le personnage de Warda (Douae Belkhaouda, lumineuse), petite fille d’Alba, joue ici un rôle essentiel puisque son regard, pur, humain, dégagé de tous préjugés, va libérer le coeur lourd des deux femmes (remarquablement interprétées). La caméra est à hauteur des personnages – Touzani fait dans le film portrait, naturaliste, dépouillé -, et l’émotion ruisselle des personnages et des situations qu’ils affrontent avec une dignité exemplaire. Entre ombre et lumière, dans des tons ocre et terre, Adam dit aussi bien les dilemmes des héroïnes que l’espoir qu’elles inspirent. Car c’est de solidarité féminine dont il est ici question, de camaraderie réconfortante, structurante et pérenne. Deux femmes de deux générations différentes qui se redressent, desserrent les poings et se délivrent en chœur de leur solitude et leurs démons, sous les yeux de la jeune génération (Warda) admirative et complice.

Réalisé par Maryam Touzani. Avec Lubna Azabal, Nisrin Erradi, Douae Belkhaouda … Durée : 1H40. En salles le 5 février 2020. Coproduction MAROC – FRANCE.

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