Un regard amoureux sur le cinéma français + francophone

Adolescentes de Sébastien Lifshitz

par | 7 Sep 2020 | CINEMA, z - 2eme carre droite

Quand on a 17 ans

Il a vagabondé avec Claire Denis en 1996, tourné une fiction avec Stéphane Rideau sur la plage de Pornichet (Presque rien) et plus récemment, trois documentaires essentiels, en forme de portraits, Les invisibles, Bambi et Les vies de Thérèse. Sébastien Lifshitz fait des films uniques en leur genre qui nous accompagnent depuis les années 90, toujours mus par le désir d’examiner l’art, l’histoire, l’être et l’autre. L’approche n’est ni sociologique ni pontifiante, elle est sentimentale, parfois romanesque, et ce qu’on capte dans l’œil de l’artiste, c’est aussi l’image d’une France aux fractures sociales et idéologiques manifestes. A bonne hauteur donc, Lifshitz se tient, et c’est sûrement ce qui rend Adolescentes, son nouveau documentaire, si flamboyant. D’abord la méthode : cinq ans de tournage à Brive, en immersion dans le quotidien de deux adolescentes, Emma et Anaïs, entre le brevet et le bac. Les décors ensuite : les bancs du collège, la cour de récré, les chambres à coucher, les appartements des copines et copains, l’habitacle des voitures parentales. Le monde autour d’elles enfin : des profs, des médecins, des infirmières, des pompiers, des policiers, des enfants, des vieux. Seules, avec leur téléphone, entre amis, en famille, joyeuses, malheureuses, face à la télévision, on observe ces deux jeunes filles agir, réagir, grandir. Elles n’ont pas le même tempérament, ni les mêmes opinions, elles ne connaissent pas les mêmes conditions de vie, l’une est filiforme, l’autre en rondeurs, pourtant elles ont noué un lien. D’amitié, de confiance en soi, d’apprentissage du meilleur et du pire, il est ici question. Rien n’est banal, tout est extraordinaire. Parce que le film, malgré ses plans fixes, n’est que poussée vers la lumière. Ici, la transformation physique, intellectuelle et psychologique de ces deux ados devient un fabuleux spectacle, au sens noble du terme, comme celui du printemps. Le soin accordé à la photo, signée Paul Guilhaume (qui depuis Ava de Léa Mysius s’est imposé comme l’un des meilleurs chefs opérateur de sa génération), apporte une dimension supplémentaire au documentaire. On y retrouve quelque chose de l’ordre de la poésie des films d’André Téchiné sur l’adolescence, et Lifshitz n’ignore rien des événements sociétaux qui bouleversent cette dernière. Car à travers la jeunesse chroniquée, le portrait de la France de ces cinq dernières années se reflète. Dans le champ : l’attentat de Charlie Hebdo, celui du Bataclan, l’élection d’Emmanuel Macron. Quand on a 17 ans dans ce monde là, la légèreté semble être de plus en plus illusoire. Aussi beau qu’introspectif. A voir absolument.

Réalisé par Sébastien Lifshitz. Durée : 2H15. En salles le 9 septembre 2020. FRANCE

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