Un regard amoureux sur le cinéma français + francophone

De l’or pour les chiens d’Anna Cazenave Cambet

par | 23 Juin 2021 | CINEMA, z- 1er carré gauche

Amoureuse solitaire

Esther habite au bord de la mer. Elle sent le sable et le soleil. C’est l’été, et son coeur bat pour Jean. Sur ses carnets, elle note leurs ébats, ce qu’elle ressent, combien de fois elle a joui. Esther a 17 ans et le cœur qui s’emballe naturellement. C’est son portrait que fait Anna Cazenave Cambet, le portrait d’une jeune fille entière au regard cristallin, qui n’a peur de rien. Si le film s’inscrit dans un genre qu’on connait bien – le coming of age –, ses codes et conventions sont pris à revers par la réalisatrice. D’autres courants, plus tumultueux, plus troubles, d’autres inspirations (presque orientales) traversent ce long métrage qui est aussi sensuel que spirituel. Son sac sur le dos, des tongs et une robe de plage, c’est sans rien d’autre qu’Esther quitte le Sud pour Paris, comme une vagabonde, portée par sa foi en l’amour, par le seul élan de son coeur, pour retrouver Jean qui y vit. La photo, signée Kristy Baboul, tout de suite attire l’œil, des couleurs fauves qui donnent envie de plage, de glaces et de baisers, puis, dès qu’Esther quitte son nid, des tons plus froids, plus durs, teintent la copie, et le bleu domine. Ce voyage ne va pas seulement faire déchanter Esther, il va la confronter à des regards souvent sévères et à un monde sans délicatesse ni perspicacité qui la rejette alors qu’elle ne veut que l’embrasser. C’est dans un couvent, entourée de bonnes sœurs, qu’elle trouvera finalement la paix et un sens à son blues et ses vœux. Le force du film d’Anna Cazenave Cambet, c’est d’arriver à tout nous faire ressentir, de manière presque organique : les vertiges d’Esther, ses joies, ses peines, ses peurs. Ce film, on le traverse avec l’héroïne, on est avec elle, on écoute la musique qu’elle écoute, on goûte le sel de ses larmes. Tallulah Cassavetti, dont c’est le premier rôle au cinéma, est en fusion avec Esther. Son jeu est clair, débarrassé de toute sophistication. C’est une révélation. De l’or pour les chiens est l’un des premiers hits de cet été, une manière de bien le commencer.

De l’or pour les chiens, réalisé par Anna Cazenave Cambet, en salles le 30 juin 2021. Avec Tallulah Cassavetti, Corentin Fila, Julie Depardieu, Ana Neborac… Durée: 1H39. FRANCE.

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