Un regard amoureux sur le cinéma français + francophone

Dix pour Cent, saison 4

par | 21 Oct 2020 | SERIES, z- 1er carré gauche

Les derniers seront les premiers

Il s’en est passé des choses chez ASK en cinq ans ! En octobre 2015, on rencontrait pour la première fois, via le petit écran, Andréa, Mathias, Gabriel, Arlette, Hervé, Noémie, Camille et Sofia. Des agents de stars et leurs assistants, téléphone dans une main, scénario ou contrat dans l’autre. Des femmes et des hommes pressés pour qui le cinéma est une affaire sacrée, et des heures supp’ non rémunérées. Créée par Fanny Herrero, coscénariste d’Un village français et de Fais pas ci, fais pas ça, produite par Dominique Besnehard, longtemps agent chez Artmédia, et diffusée sur France 2, cette série a vite rencontré son public – chaque saison a été suivie en moyenne par plus de 3 millions de téléspectateurs. Si nous avons succombé à son charme, c’est parce qu’elle a du style, un casting et des comédiens incroyables, un humour décapant et un sens de l’intrigue et de la situation bien affûté. Certes, il y a des vedettes de cinéma qui jouent leur propre rôle avec beaucoup de dérision – Cécile de France, Françoise Fabian, Nathalie Baye, Laura Smet, JoeyStarr, Virginie Efira, Juliette Binoche, Julien Doré, Isabelle Huppert, Béatrice Dalle ou encore Isabelle Adjani et Monica Bellucci -, mais la superstar de la série, c’est l’agence, ASK, lieu de vie et de péripéties. Un lieu qui rassemble des personnages de différentes natures (féroces, émotives, théâtrales, timides) et provoque des étincelles entre eux. En trois saisons, nos héros sont passés par toutes les couleurs : le noir, porté à l’enterrement de Samuel Kerr, patron d’ASK (saison 1, épisode 2), le rouge, qu’ils ont vu lorsque l’agence a été rachetée par Hicham Janowski (Assaâd Bouab, saison 2) mais aussi au Festival de Cannes, ou encore le pastel des layettes de bébé (saison 3). Ils ont bu beaucoup de champagne, menti à leur entourage et aux talents dont ils s’occupent; ils ont rattrapé des bourdes, essuyé des caprices; ils se sont plantés des couteaux dans le dos mais se sont aussi pris dans leurs bras, ils ont bluffé, ils ont gagné, ils ont perdu. Dix pour Cent, c’est tout ça, le quotidien de plusieurs accros au boulot, secoué par les imprévus et même par des peaux de bananes (saison 4). Diffusée à partir du 21 octobre 2020, la saison 4 devrait être la dernière. Six épisodes pour dire au revoir à ASK, sa faune et sa flore. Au programme : des guest inattendues comme Franck Dubosc et Mimie Mathy, une star internationale (Sigourney Weaver), une nouvelle agent en costume (excellente Anne Marivin) et un rythme enfin retrouvé (la saison 3 l’avait engourdi). Les personnages principaux ont encore gagné en épaisseur et les acteurs qui les incarnent nous régalent de leur performance. En tête, Laure Calamy et Nicolas Maury – alias Noémie et Hervé -, absolument fabuleux. Derrière la caméra (et au scénario aussi), on retrouve Antoine Garceau et Marc Fitoussi qui avaient l’un et l’autre réalisé plusieurs épisodes de la saison précédente. La direction artistique est impeccable, l’écriture s’est remusclée et les punchlines fusent. Les principaux gimmicks reviennent : trahison, crise, existentielle, au boulot, dans le couple, désir de reconnaissance et d’indépendance, réconciliation, rupture. Nos héros sont devenus plus matures, certains masques sont tombés. Mais s’ils se sont habitués au goût amer de leurs bassesses, ils ne supportent toujours pas que la main leur échappe. La guerre est déclarée, et ça tombe bien, on aperçoit Valérie Donzelli dans quelques épisodes. La plus émouvante des images restera certainement celle de cette famille formidable : Andréa, Colette, leur bébé, et Hicham, le géniteur, réunis. C’était dans la saison 3, un épisode pro-PMA pour toutes. Dans cette dernière saison, c’est la revanche d’Hervé, gay, sur le reste du monde, qui nous emballe – une trajectoire magnifique pour un personnage qui l’est tout autant – mais également celle de Noémie dont l’assurance se déploie au fil des épisodes. Des surprises donc, des vacheries, beaucoup de tendresse, et un pincement au coeur quand le rideau tombe.

Copyright Christophe BRACHET – FTV/ MONVOISIN PROD/ MOTHER PROD

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