Un regard amoureux sur le cinéma français + francophone

Emmanuel Mouret en 5 films sur le site d’Arte

par | 26 Jan 2021 | CINEMA, z - 1er carre droite

De l’amour s’il vous plaît !

Alors que Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait, son dernier (et meilleur) film vient de remporter le Lumière du meilleur film et qu’il sera à priori parmi les favoris pour les César le 12 mars prochain, le cinéma d’Emmanuel Mouret est à l’honneur sur le site d’Arte. Regroupés sous le titre “L’art d’aimer”, cinq films sont en accès libre et permettent de reconstituer le fil de sa carrière. Entre Eric Rohmer, Woody Allen ou encore Blake Edwards, Mouret creuse depuis ses débuts (avec Laissons Lucie faire ! avec Marie Gillain en 2000) un sillon singulier de conteur parfois burlesque, parfois désespéré avec en tête, toujours, une haute idée de l’amour et de ses conséquences. Si sa filmographie a pris un tournant nouveau en 2018 avec Mademoiselle de Jonquières et sa volonté de laisser à d’autres le rôle principal masculin, elle a perdu, sans sa présence à l’image, le côté burlesque qu’il apportait tout en gagnant en maturité, en profondeur et en gravité. C’est le bon moment pour revoir ses cinq films diffusés sur le site d’Arte et y voir déjà et malgré tout, enfouie, une certaine gravité et les questionnements quasi métaphysiques d’un homme sur les femmes et l’amour.

Venus et Fleur – 2004

Pour ce deuxième long métrage, c’est à Marseille (sa ville), l’été que Mouret situe cette histoire de relation amicale étrange entre deux jeune femmes que tout oppose : Fleur, jeune fille de bonne famille réservée, qui passe l’été dans une grande maison bourgeoise avec piscine et Venus, jeune russe extravertie venue retrouver un amant en vain. Ce conte d’été confronte les comportements amoureux (ou d’amoureuses) des deux héroïnes mais aussi leur vision de l’amour, du couple, du sexe. Elles vont rencontrer Dieu (sic), un voisin dragueur  (interprété par le producteur attitré de Mouret, Frédéric Niedermayer) et Bonheur (re-sic), un randonneur un peu boy-scout, deux garçons, eux aussi très différents, et se révéler, chacune à sa façon. Le film, léger, ensoleillé et badin, joue des ambiguïtés, des ambivalences des désirs et dissèque les jeux de masques et les faux-semblants mis à jour par les relations amoureuses ou amicales. Rafraichissant comme une brise d’été.

Changement d’adresse – 2006

Dans un Paris de carte postale, David (Mouret) s’installe en coloc avec Anne (Frédérique Bel), rencontrée par hasard dans la rue et tombe fou amoureux de sa jeune élève Julia (Fanny Valette). Il est musicien et enseigne le cor ce qui donne lieu à des échanges surréalistes qui joue sur la sonorité cor-corps : “Vous voulez voir mon cor. (…) J’en suis très fier, il fait même des envieux auprès de mes collègues“. Une fois de plus le langage est soutenu et le vouvoiement de rigueur mais ce trio (auquel il faut ajouter Dany Brillant dans le rôle de Julien, le dragueur sûr de lui) donne à Mouret l’occasion d’évoquer les différentes strates du désir : l’attirance, les sentiments, l’idéalisation… Parfois anecdotiques, les scènes s’enchaînent en un tourbillon qui sème sur son passage plus de doutes que de certitudes.

Un Baiser s’il vous plait – 2007

A peine un an après Changement d’adresse, Emmanuel Mouret travaille le récit en mode poupée gigogne (motif qui sera au cœur des Choses qu’on dit…). A Nantes l’hiver Emilie (Julie Gayet) refuse un baiser à Gabriel (Michaël Cohen) qu’elle vient de rencontrer professionnellement mais propose de lui raconter une histoire. Celle de Judith (Virginie Ledoyen) et de Nicolas (Mouret), deux meilleurs amis et confidents depuis le lycée dont les rapports et les vies ont été bouleversées par un simple baiser. Le film, en racontant l’importance du baiser comme déclencheur d’amour ou de désir, évoque les frontières ténues entre amour et amitié et questionne l’objectivité des souvenirs, des sensations.

Fais-moi plaisir – 2009

C’est sans doute le film le plus burlesque de Mouret. Pour cette intrigue abracadabrantesque qui convoque des accidents de vase précieux et de braguette, un souterrain secret qui mène à l’Elysée et un gynécée improbable, Emmanuel Mouret, entouré de Judith Godrèche, Frédérique Bel et Deborah François, pousse le curseur de son personnage d’amoureux romantique et inconstant, de chevalier servent qui ne sait pas dire non et attire les convoitises de jeunes femmes passablement érotomanes. La longue scène de la soirée à l’Elysée est un summum de drôlerie absurde qui fait de l’œil à la fois à The Party et à Chaplin.

Caprice – 2015

Caprice suit de près L’Art d’aimer (2011) et Une Autre vie (2013) et s’ouvre sur une scène tout en drôlerie ironique low-fi. Clément (Mouret) sermonne son jeune fils sur un banc : “Tu n’as pas arrêté de lire aujourd’hui, tu ne veux pas que je te prête mon téléphone pour jouer à un jeu ?“. Ce prof des écoles se retrouve à donner des cours particuliers au neveu d’une comédienne qui est aussi son idole : Alicia (Virginie Efira), dont il va partager la vie comme dans un rêve. Mais ce coup de foudre ne se passe pas à Notting Hill et Clément doit vivre chaque jour les assauts répétées de Caprice (Anaïs Demoustier), jeune comédienne en galère, qu’il obsède. Un peu moins bien écrit que ses précédentes fantaisies, Caprice tourne un peu en rond et évite un peu son sujet (les comédiennes qui réussissent et celles qui galèrent, l’amour avec une star …) et signe en tout cas la dernière apparition de Mouret “himself” dans ses films. Après Caprice, c’est fini. Édouard Baer et Niels Schneider prendront la relève, respectivement, dans Mademoiselle de Joncquières et Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait.

Ces 5 films sont à visionner gratuitement sur le site d’Arte et Mademoiselle de Joncquières sera diffusé le 10 février à 20h55 sur la chaîne.

“Caprice” – crédit : Pyramide Distribution

 

 

 

 

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