Un regard amoureux sur le cinéma français + francophone

Été 85 de François Ozon

par | 12 Juil 2020 | CINEMA, z- 1er carré gauche

L’homme à la moto

Longtemps rêvé, ce film ramène François Ozon à ses premières amours, sur le sable, marinières, jeans 501 et robes d’été. A 17 ans, Ozon dévore La danse du coucou d’Aidan Chambers, et se dit qu’un jour, s’il arrive à faire un long métrage, son premier film sera l’adaptation de ce roman devenu sa bible. Dix-huit longs métrages plus tard, le vœux est enfin exaucé, et c’est au Tréport que l’action est située, là où ont été tournés des années plus tôt Le Crime de Monsieur Lange et Préparez vos mouchoirs. Le réalisateur remaquille la station balnéaire comme dans les années 80 et fait battre le coeur des adolescents qui la peuplent au rythme de l’été et ses tubes (In Between Days de The Cure, Sailing de Rod Stewart, Toute première fois de Jeanne Mas ou encore Cruel Summer de Bananarama). C’est l’été 85, Alexis a 16 ans et, lors d’une sortie en mer, chavire, littéralement. A son secours, David, 18 ans, Apollon à bord du Calypso (petit voilier). L’homme au bateau est aussi un homme de moto, et cet été-là donc, Alexis et David vont prendre de la vitesse sur les routes de Normandie. Sur la vitesse, David a même sa propre théorie, comme Ozon sur le cinéma de genre d’ailleurs, et ici, c’est au teen-movie qu’il s’attaque. Mais à la ouate, le cinéaste préfère d’autres matières, plus rugueuses, et ce teen-movie-là est dès le départ couvert du voile du drame. Parce que l’été 85, dès la première séquence du film, c’est déjà du passé. C’est Alexis qui se souvient, flash-back et nostalgie. Les histoires d’amour finissent mal en général et celle-là n’y coupera pas même si elle est une extraordinaire matière à souvenirs, joyeux et tragiques à la fois. François Ozon évite l’écueil de la romance d’été guimauve et ensoleillée, mais également le schéma rebattu du “je te fuis, tu me suis”, injectant (comme dans le roman) divers poisons censés briser le sort des amoureux : jalousie et pulsions de mort, pressions familiales et incertitudes face à l’avenir. Le casting est idéal (Bruni-Tedeschi et Nanty en mères sur-protectrices, Poupaud en prof à lunettes) mais ce sont les deux héros qui impressionnent le plus : l’intelligence douce et sombre de Félix Lefebvre et l’instinct presque animal de Benjamin Voisin créent à l’écran un couple de cinéma inédit, crédible et magnétique. Avec ce long métrage à la fois vintage et intemporel, François Ozon dessine pour la première fois la carte du tendre d’un premier amour, de façon directe, profonde et déchirante. Et si c’était son meilleur film ?

Copyright Jean-Claude_Moireau_2020_MANDARIN PRODUCTION_FOZ_France 2 CINEMA_PLAYTIME PRODUCTION_SCOPE PICTURES

Réalisé par François Ozon. Avec Félix Lefebvre, Benjamin Voisin, Valeria Bruni-Tedeschi, Isabelle Nanty… Durée : 1H40. En salles le 14 juillet 2020. FRANCE

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