Un regard amoureux sur le cinéma français + francophone

Jacky Caillou de Lucas Delangle

par | 2 Nov 2022 | CINEMA, z - 2eme carre droite

La pierre et la louve

« Ne cours pas après les miracles. Ça n’existe pas. » conseille la gouailleuse Gisèle, à son petit-fils. Pourtant, dès la scène d’ouverture du premier long métrage de Lucas Delangle (sélectionné à l’ ACID 2022), le jeune Jacky Caillou – un enregistreur de sons dans les mains, les yeux levés vers le plafond – semble bien en chercher un, de miracle. Et les villageois venus consulter sa grand-mère magnétiseuse n’ont-ils pas en eux un profond espoir de réparation ? Le cinéaste puise dans les contes ancestraux français pour ancrer son histoire dans un territoire, ici un village haut perché dans les Alpes. Il y fait cohabiter acteurs professionnels : Jean-Louis Coulloc’h et Lou Lampros ; Thomas Parigi un musicien aperçu sur scène à Marseille, Edwige Blondiau l’héroïne réelle de son documentaire Rouge au front et des riverains du coin devenus de vraies « gueules » de cinéma. Jacky Caillou s’ancre ainsi dans une réalité rurale que la fiction va lentement absorber en opérant un glissement progressif et artisanal vers les mystères du merveilleux, sans les effets spéciaux du film de genre. Des mains levées au-dessus des maux des souffrants peuvent raconter les croyances de l’indicible. La forêt, seule, participe à la création d’un imaginaire surnaturel tandis que le personnage éponyme tente d’apprendre à se servir de ce don de rebouteux transmis par son aïeule. Quand apparaît Elsa et son étrange tâche dans le dos, maladie inconnue des médecins et dont l’arrivée coïncide étrangement avec celle d’un loup qui ravage les troupeaux de la région, Jacky veut croire au prodige de la guérison et se lie à elle. Le premier émoi amoureux se vit ainsi étroitement en même temps que l’épreuve de la perte de la grand-mère et le magnétisme comme don devient le moteur du récit d’émancipation. L’univers du film se construit en progression entre le terrien et l’invisible, la nature et le civilisé, l’organique et la croyance. Et à travers cette mythologie de la femme-louve, Jacky Caillou devient finalement, une très belle fable entre un jeune homme qui apprend et une jeune femme qui se libère. Alors, oui, au cinéma, on veut croire à ces petits miracles offerts par Lucas Delangle.  

Réalisé par Lucas Delangle, co-écrit avec Olivier Strauss, avec Thomas Parigi, Edwige Blondiau, Lou Lampros, Jean-Louis Coulloc’h… – 1h32 – France – En salles le 2 novembre 2022 – Arizona Distribution.

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