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Journal de bord : Laëtitia Eïdo raconte le tournage de la saison 2 de la série FAUDA (semaine 2)

par | 16 Juil 2018 | SERIES

A l’occasion de la sortie DVD de la saison 2 de FAUDA – série israélienne au succès planétaire et de sa diffusion sur Netflix fin juillet, nous avons demandé à l’actrice franco-libanaise Laëtitia Eïdo – aka Dr Shirin El Abed – de se livrer à un exercice singulier : tenir un journal de bord du tournage de cette deuxième saison tant attendue. Nous vous en proposons sa version longue, semaine après semaine. Immersion. 

JOURNAL DE BORD – SEMAINE 2

Shalom, do you parlez Arabié?

par Laëtitia Eïdo

Mon rôle est entièrement en arabe palestinien, langue que je ne parle pas… Pratique hein ! Si je comprends et reconnais de plus en plus de mots, je suis toujours incapable de construire des phrases. J’apprends donc par phonétique ou plus précisément par “translitération” : je note ce que j’entends, et j’apprends par cœur ce que j’ai écrit. C’est le cas aussi de certains acteurs israéliens qui jouent des espions et qui n’ont pas réellement été espions dans l’armée. Parce que, fait rare, au moins trois d’entre eux l’ont réellement été et parlent couramment arabe, condition sine qua non pour ne pas être reconnu en territoire ennemi. Je ne sais pas comment ça se passe dans la tête des autres acteurs, mais c’est pour moi une vraie gymnastique mentale qui s’opère entre chaque phrase. Et on se répond sans être vraiment sûr ni l’un ni l’autre de ce qu’on vient de se dire. Cela donne sans aucun doute une couleur particulière à notre jeu dans cette série !

    Crédit photo : Laëtitia Eïdo

    Jolies rencontres dans ce village arabe au nord de Tel Aviv, qui est censé représenter Naplouse. C’est la troisième fois que je tourne ici. La première fois, c’était pour le film Mon fils d’Eran Riklis et la deuxième, pour la saison 1 de FAUDA qui était censée se passer à Ramallah. J’ai donc déjà eu 3 maisons dans ce village, dont 2 étaient voisines. Le village est habitué à recevoir des tournages et la nourriture est souvent préparée sur de grandes tablées par les femmes d’une des familles. C’est un régal.

    Je me souviens… 

    Ce moment vraiment étrange en plein désert, près de la Mer Morte – en parlant de la série à un Bédouin à côté de son chameau – où je découvre sur la page Wikipédia de FAUDA l’histoire de mon personnage et que j’apprends en quelques lignes plus de choses sur son histoire personnelle et sur ce qui se passe réellement dans la saison 1, qu’en ayant interprété le personnage ! Ahurissant… N’étant pas en mesure de lire l’intégralité du script qui est en 2 langues, arabe et hébreu, et seuls mes dialogues étant traduits en anglais, je n’avais jamais vraiment mis le doigt sur les intrigues qui ne concernaient pas directement mon personnage, Dr Shirin.

    J’apprends donc à ce moment-là, perdue sur une aire d’autoroute où les chameaux déambulent entre deux voyages, que je suis censée avoir un père français et une mère palestinienne. On ne m’avait jamais précisé ce détail auparavant. Il était temps… ! En fait, tout ça c’est décidé pendant le tournage – mais sans m’avertir – et pour justifier dans la précipitation le fait que j’aie un léger accent en arabe, par manque de temps et d’argent pour faire un vrai travail de coaching sur la langue, comme j’ai pu le faire dans d’autres projets et parler sans aucun accent, dans différentes langues. Dans FAUDA, les auteurs ont donc fait dire ces informations aux espions qui enquêtaient sur moi, en utilisant à l’écran des photos de ma (vraie) vie à Paris… mais les sous-titres en anglais ayant mis assez longtemps à être créés, je n’avais jamais eu l’occasion de revoir ce passage détaillant le passé de mon personnage…

    Feuilles de service et linguistique

    C’est à force de discussion avec l’auteur que j’ai accepté le rôle de Shirin et que j’ai compris dans les grandes lignes ce qui composait ce personnage. C’est un principe, j’ai toujours tâché de faire confiance au texte et au moment présent sur le plateau. Quand je n’étais pas sûre de la raison pour laquelle le personnage disait telle ou telle chose, je lâchais prise. J’ai appris sur cette série à me poser moins de questions et à être davantage dans le ressenti. C’est une très belle expérience…

    Crédit photo : Laëtitia Eïdo

    Je reçois aussi les feuilles de service (FDS) en hébreu. Heureusement qu’on utilise les mêmes chiffres ! Je peux ainsi repérer les numéros de scènes à travailler pour le lendemain. J’ai aussi fini par comprendre que malgré le fait que mon personnage soit le 4ème au générique, mon numéro dans la FDS est le… 32 : parce qu’ils sont classés par ordre alphabétique ! Mais pour le reste, je navigue à l’aveugle. Et peut-être est-ce mieux ainsi : moins d’informations, plus de concentration.

    Sur le plateau, dès que le Coupez ! résonne, tout le monde s’agite, en deux langues que je ne comprends pas, mais je devine au ton du réalisateur et à la manière dont il a lancé le “cut!” s’il a aimé la prise ou non. Heureusement le 1er assistant réalisateur vient régulièrement à ma rescousse et m’explique en anglais ce qu’il se passe. Il annonce cependant les prochaines prises et actions en hébreu, parfois avec quelques mots en arabe (comme l’équipe est mixte) et s’amuse maintenant à apprendre des mots en français ! Pour ma part, je prends plaisir à annoncer que je suis prête en hébreu (qui me change un peu de l’arabe des scènes de jeu) et sans accent alors que je ne connais pas la langue, ce qui les surprend toujours et détend l’atmosphère avant les prises.

    Il est (parfois) arrivé à deux reprises que je me trompe sur un mot en arabe en changeant juste une lettre ou une syllabe et que je me retrouve, dans une scène intense, à remplacer le mot “kiff” (‘comment ?) par le mot qui signifie “quiche”, plusieurs fois d’affilée sans savoir pourquoi, ou bien à remplacer le mot qui veut dire “espion”, par le nom d’un dessert très connu dans la région – et voilà que tous ceux qui parlent arabe sur le plateau partent en fou-rire en plein milieu de la scène…. Des moments précieux !

    Walid, mon “cousin”…

    Crédit photo : Laëtitia Eïdo

    Shadi Mar’i joue Walid, mon cousin palestinien, qui est né et à grandi dans les territoires palestiniens, contrairement à mon personnage qui a passé plus de temps en France.
    Walid est secrètement amoureux de Shirin depuis l’enfance et le lui révèle dans la saison 1. Dans la saison 2, il fait partie intégrante du Hamas et a en quelque sorte pris la place du chef militaire recherché dans la saison 1, surnommé “La Panthère”. Shadi est un jeune et très talentueux acteur qui, à peine sorti de l’école de théâtre a décroché ce rôle dans une série qui devait n’être au départ qu’une série du câble et qui, une fois rachetée par Netflix, a offert une notoriété énorme et rapide pour un jeune acteur. Il a déménagé aux USA.

    (A suivre…)

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