L’été meurtrier
En adaptant le roman de Victor Jestin, Stéphane Demoustier renoue avec les thèmes de La Fille au bracelet : l’adolescence, le désir, la rivalité, la culpabilité. Le réalisateur troque l’espace clos du tribunal contre celui, à ciel ouvert, d’une station balnéaire où les vacanciers circulent en short et en liberté. Parmi eux, Marouane, 17 ans, qui campe, non loin de la plage publique, avec ses parents, son frère et sa sœur. C’est leur dernier jour de vacances et l’heure tourne pour l’adolescent qui n’a toujours pas conclu avec la fille qu’il désire et qu’il ne reverra plus de sitôt. Mais la nuit venue, tout bascule. Une rixe entre Marouane et un autre garçon du camping éclate et c’est l’accident. Il n’y a aucun témoin, à part la lune, presque pleine. C’est là que le dilemme se noue et que le temps commence à se dilater telles les pupilles de Marouane. Dès les premières images du film, une tension sourde s’installe – la longueur des séquences et la tonalité des dialogues permettent de l’éprouver. Vite, le vernis du conte d’été rhomérien se fissure et le film se mue progressivement en un thriller à combustion lente, sous un soleil de plomb qui attaque chacune de ses cellules et fait goutter le front du héros, comme celui d’un condamné. L’espace du camping, censé être neutre et convivial, devient ici un micro théâtre social que les pressions, les normes et les menaces coffrent, donnant des sueurs froides et des vertiges au protagoniste, interprété par Hadrien Hussein (révélation du film). La gravité du moment que vit Marouane tranche avec les préoccupations a priori légères des garçons et des filles de son âge, qui ne l’ont pas tendre. La lumière écrasante, le sable brûlant et la mer menaçante sont autant d’illustrations de l’état mental et moral des adolescents masculins dépeints par Demoustier, dominés par leurs angoisses, leurs pulsions et leurs frustrations. Que la chair est triste ici, malgré le bronzage des peaux. La Chaleur est un film plus fécond qu’il en a l’air, jouant d’un suspense à plusieurs vitesses qui court-circuite les attentes et diffuse un malaise constant. Une réussite.
Réalisé par Stéphane Demoustier. Avec Hadrien Hussein, Tristan Richard, Martina La Manna … Durée : 1H33. Memento Distribution. En salles le 8 juillet 2026.


