De lave et de sang
Depuis plusieurs années, on suit le travail de Marine Atlan en tant que directrice de la photographie. Son regard poétique, capturant dans ses images lumière et sensualité, a accompagné des films que l’on chérit : Nos Cérémonies de Simon Rieth, Le Ravissement d’Iris Kaltenbäck, Les Reines du drame d’Alexis Langlois ou encore L’Engloutie de Louise Hémon. Son premier long métrage, La Gradiva (Grand Prix de la Semaine de la critique 2026 et Prix d’Ornano-Valenti au festival du cinéma américain de Deauville entre autres), révèle qu’elle est également une conteuse hors pair, convoquant autant les récits antiques que contemporains, oraux qu’organiques, les histoires que l’on raconte aux autres comme à soi-même.
Pour cela, Marine Atlan va puiser dans la flamme de nos 18 ans, cet âge où les corps comme les paroles éruptent comme la lave. Et dans l’Italie, celle de Naples et de Pompéi, villes aux différentes strates, chargées de mythologie, et qui accueillent très justement la multiplicité des fantasmes, quêtes et désirs, le temps d’un voyage scolaire. Une classe de terminale française se rend avec deux professeurs dans la région napolitaine au soleil brûlant, pour une expédition éducative de fin de lycée. La séquence d’ouverture dans un train de nuit pose les fondations de personnages, qui vont se distinguer du groupe d’élèves, et des thématiques amenées à se préciser et se complexifier. Il y a Toni (tête brulée cachant une grande fragilité), son meilleur ami James (dont le charme attise absolument tous les désirs), Suzanne (introvertie et peu proche de ses camarades) et Marianne Mercier (professeure de latin passionnée incarnée par la toujours hypnotique Antonia Buresi). Quand, dans ce premier tableau, Suzanne observe Toni épier son ami en pleins ébats avec une jeune fille, un jeu de regards se met en place et guidera la structure narrative du film. Mais si ces individualités s’imposent, Marine Atlan ne néglige jamais la force du collectif. Elle tisse, au contraire, des liens par les interactions entre les personnages, qui ne font que rebattre les cartes de ce en quoi croit le spectateur. Toujours juste dans ses dialogues, La Gradiva est construit comme une tragédie ample, unique, habitée par des références cinématographiques nombreuses (on peut y ressentir l’influence des mélodrames de Sirk ou de l’âpreté de Fassbinder) et pourtant politiquement ancrée dans notre époque. Mais surtout le film est porté par une vibrante bande de jeunes comédiennes et comédiens qui brûlent la pellicule plus qu’ils ne l’impriment et incarnent un écho prophétique, celui des révoltes actuelles de la jeunesse française battant le pavé pour ses droits et ses idées.
Écrit par Marine Atlan et Anne Brouillet. Réalisé par Marine Atlan. Avec Antonia Buresi, Colas Quignard, Suzanne Gerin, Mitia Capellier-Audat… 2 h 25. Tandem. En salles le mercredi 21 octobre 2026.

