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Livre : La Rom-com à tout prix

par | 23 Mar 2026 | CINEMA, z - Milieu

« Qu’attend-on de la comédie romantique ? » s’interroge Sandra Onana, critique cinéma et cheffe adjointe du service culture de Libération, dans la très pertinente introduction qui ouvre La Rom-com à tout prix. Réponse à la ligne suivante : « Beauté, glamour, déraison, délire », une entreprise bonne à nous « venger de l’ordinaire », écrit la journaliste qui revient sur les origines du genre, de sa perfection classique hollywoodienne des années 40 aux années Marilyn ; des années 70 marquées par les romances névrosées d’un Woody Allen aux années 90 et 2000 où la rom com connaît son « apogée du filon marketing » sous l’égide de deux scénaristes stars Nora Ephron et Nancy Meyers.

Désormais, le genre sera presque exclusivement féminin, argument suffisant pour qu’il connaisse une dévalorisation, « dénigré comme équivalent du roman de gare », mais fortifié par une popularité qui porte désormais les visages de Meg Ryan, Julia Roberts, Cameron Diaz, Katherine Heigl ou encore Reese Witherspoon.

Côté français, la définition est plus dissoute, note Sandra Onana, qui élit Virginie Efira et Audrey Tautou (« étincelant fantôme à fossettes d’une Audrey Hepburn » dans le Hors de Prix de Pierre Salvadori) comme représentantes du genre, Prête-moi ta main d’Éric Lartigau comme franche réussite en la matière, et Emmanuel Mouret comme ambassadeur d’un genre génétiquement modifié par une empreinte franco-française chassant le vaudeville pour lui préférer une forme de marivaudage.

Qu’en est-il aujourd’hui ? La comédie romantique telle qu’on la connaît est-elle compatible avec l’époque et avec celles et ceux qui en sont ? Est-elle par essence datée, retranchée dans un vieux monde blanc et hétérosexuel ? Et qu’en est-il des évidences qu’elle charrie — le couple, le mariage — qui n’en sont désormais plus vraiment ? C’est tout l’enjeu du nouveau livre d’entretiens qui vient compléter la riche collection colorée signée Playlist Society en association avec l’ACRIF, qui décortique avec précision l’œuvre de cinéastes tels que Laurent Cantet, Valérie Donzelli ou Patricia Mazuy. Pour ce nouveau chapitre, ce n’est pas un mais sept cinéastes que Quentin Mével, directeur de l’ACRIF, épaulé de Lucas Aubry, rédacteur en chef adjoint du magazine Sofilm, a convoqués. Il s’agit de Victor Rodenbach (Le Beau rôle), Mourad Winter (L’Amour c’est surcoté), Amélie Bonin (Partir un jour), Alice Douard (Des Preuves d’amour), Alice Vial (L’Âme idéale), Martin Jauvat (Baise-en-ville) et Sophie Beaulieu (La Poupée, sortie prévue le 22 avril). Leurs points communs ? Toutes et tous ont approché de près ou de loin, ce genre si connoté, chargé d’un imaginaire intact – baisers échangés sous des torrents de pluie, rencontres inattendues au coin d’une rue – avec ce mélange de crainte (du kitsch, des stéréotypes) et d’amour hérité d’une fidélité faites aux premiers émois cinéphiles.

Au fil des différents entretiens, un paradoxe émerge de La Rom-com à tout prix comme celui exprimé par Amélie Bonin au sujet de son premier long métrage Partir un jourNous ne sommes pas partis avec l’idée de faire une comédie romantique ») mais aussi par Martin Jauvat qui qualifie son deuxième long métrage, Baise-en-ville, d’anti-comédie romantique. Brouiller les pistes des assignations et des registres plutôt que d’en accréditer les préceptes semble être le dessein de chaque interrogé, comme une façon de rappeler qu’adapter, s’inspirer, reprendre à son compte, revient toujours à transgresser. Néanmoins, fidèle à son ADN, la rom-com réserve une attention particulière aux méthodes de fabrication (de l’écriture à la postproduction) et aux nombreux partis pris de mise en scène qui apposent sur chacun de ses films une empreinte, un rythme, une tonalité légère. Le livre, riche en anecdotes délivre quelques précieux secrets sur la pratique même de cinéaste (« Ne passe pas à la ligne suivante tant que ce n’est pas parfait » aurait un jour glissé Sophie Fillières à Alice Douard, alors étudiante à la Fémis, qui s’en souvient encore.) Davantage petit manuel pratique — qu’on imagine fort utile pour des cinéastes en herbe — que recension théorique, La Rom-com à tout prix laisse surtout entrevoir une façon nouvelle et réjouissante de filmer l’amour et le désir.

Par Sandra Onana, Lucas Aubry, Quentin Mével – Publié aux éditions Playlist Society – 130 pages – 12 euros

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