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« Même pas peur » 2026 : un tour du monde fantastique d’éclectisme

par | 22 Fév 2026 | Reportage, z - Milieu

Après quatre jours de projections de près de 70 films, courts et de longs métrages, fantastiques au cœur du Sud sauvage de l’Île de la Réunion, retour sur cinq longs métrages découverts en avant-première et attendus pour certains, très bientôt, sur les écrans français. Au programme : un voyage cohérent au gré de paysages et d’univers (urbains et bétonnés, grands espaces, lieux clos et mystérieux) qui agissent sur les êtres et décuplent les sens qui façonnent ou guérissent peurs et traumas… Du film urbain coréen, au réalisme magique en Bolivie, en passant par une bonne série B U.S et un drame gothique victorien sur fond de colonialisme maori, la sélection du festival rend justice à la diversité grandissante du cinéma fantastique. Divertissement, poésie et politique, la cuvée 2026 du festival « Même pas peur » impose un éclectisme réjouissant ! Revue de détails…

Noise de Kim Soo-Jin (Corée du Sud) 

Ju-Young, jeune femme sourde, enquête sur la disparition de sa sœur en occupant son appartement, au cœur d’une cité bétonnée peu hospitalière où chacun semble obsédé par les bruits mystérieux qui créent un climat de suspicion généralisé. Alors que les occupants de ce grand ensemble urbain militent pour une réhabilitation des lieux, Ju-Young se confrontent au fil de son enquête à des secrets bien gardés, à des voisines et voisins étranges et à un bâtiment dont les entrailles regorgent de mystères effrayants… Le sujet des nuisances sonores (réelles ou ressenties) rencontre des préoccupations problématiques urbaines existantes et assez globalement partagées par les habitants des grandes villes dans le monde ce qui en fait un point de départ passionnant. La mise en scène n’est jamais aussi puissante que quand elle donne la place première au travail du son, jouant sur plusieurs niveaux de perception (sons réels de la menace imminente, sons des messages et enregistrements téléphoniques, des appareils auditifs de l’héroïne, des scènes immortalisées par un camescope numérique…) mais le film a tendance à épuiser sa singularité au fil d’un scénario qui s’embourbe un peu dès qu’il s’affranchit d’un certain réalisme.

En salles le 24 juin 2026 (KMBO)

Les Larmes du crocodile (Crocodile Tears) de Tumpal Tampubolon (Indonésie, Singapour, France, Allemagne) 

Yohann n’a pas encore 20 ans et vit une relation (très) trouble avec une mère passablement abusive et intrusive. Déjà loin des études, il anime les spectacles de « dressage » au sein de la réserve de crocodiles qu’ils gèrent tous les deux. Leur proximité est suffocante dans cet univers poisseux qui les couvre d’une odeur repoussante contre laquelle seul le parfum et la lessive peuvent agir. Quand Yohann rencontre Arumi, jeune hôtesse de karaoké fraichement débarquée en ville dont il tombe très vite amoureux, les masques tombent. Jalousie aidant, la toxicité de la relation mère-fils se teinte de fantastique et de folie. Celle qui, selon les rumeurs locales aurait tué son mari et jeté son corps aux crocodiles du parc, sombre dans un délire puissant et affirme que le mystérieux crocodile blanc solitaire n’est ni plus ni moins que le mari et père disparu. Avec ce premier film en forme de fable à la fois effrayante, naïve et poétique, le réalisateur indonésien Tumpal Tampubolon signe une œuvre qui lie douceur et violence sourde et dessine un personnage atypique et touchant de jeune homme sur le chemin de l’émancipation, très éloigné de schémas traditionnels de la masculinité. C’est un peu vert, un peu lent, mais c’est charmant et prometteur.

Pas de distributeur français pour le moment

Redux Redux de Kevin et Matthew McManus (Etats-Unis)

Irène traque et tue celui qui a enlevé et tué sa fille de 14 ans, puis, chaque fois, elle recommence. Il faut dire que cette héroïne badass s’inscrit dans la lignée d’une Sarah Connor (Linda Hamilton dans les Terminator) avec des faux airs de Carrie Mathison (Claire Danes dans la série Homeland) et qu’elle dispose d’une étonnante machine-sarcophage qui la propulse d’une dimension à l’autre en un (bruyant et vibrant) éclair. Jusque boutiste ne diable, elle va redimensionner sa quête en rencontrant Mia, une autre jeune ado enlevée. Prix du public au dernier festival de Gérardmer, référence métropolitaine du genre, Redux Redux est un modèle de série B fauchée qui fonctionne à merveille grâce à des idées puissantes et une mise en scène d’une efficacité redoutable. Film-concept mené de mains de maître par les frères McManus (aussi scénaristes et producteurs), Redux Redux séduit par sa simplicité et sa nervosité. Un pur divertissement U.S.

Disponible en VOD le 1er mars 2026 (Shadows)

Mārama de Taratoa Stappard (Nouvelle-Zélande, Royaume Uni)

Mary Stevens, jeune femme d’origine maori (de son vrai nom Mārama) traverse l’Angleterre à la rencontre d’un certain Thomas Boyd qui promet de tout lui apprendre sur sa famille et ses parents. Mais quand elle arrive à destination, elle apprend qu’il est décédé, emporté par la syphilis. Là, le propriétaire du manoir qui l’accueille lui propose de devenir la préceptrice de sa petite fille, Anne, 9 ans. Les lieux se révèlent à elle, baignés d’héritage maori, et c’est dans cette atmosphère chargée de symboles et peuplée d’êtres étranges et mysterieux que Mary poursuit sa quête… Avec son ambiance sombre et gothique du nord de l’Angleterre victorienne sur fond de secrets de famille et de réappropriation culturelle, Mārama tisse une toile complexe et oppressante faite de visions et de réminiscences… Un film d’une maîtrise esthétique et d’une acuité politique impressionnantes.

En salles le 22 avril 2026 ( Grindhouse Paradise Pictures)

Cielo de Alberto Sciamma (Royaume Uni, Bolivie)

Road movie à la fois onirique et âpre qui flirte avec le réalisme magique, Cielo suit les pas d’une fillette pas comme les autres qui se libère du joug paternel et prend la route avec la dépouille maternelle, guidée par l’observation des étoiles et le vœu d’une vie meilleure. Son regard sur les êtres qu’elle croise et leurs blessures de tous ordres revêt un pouvoir réparateur et cathartique étonnant. Déesse ou sorcière, la petite Santa guérit ou rend meilleurs ceux qu’elle croise (humains comme animaux), apaise leurs douleurs et leurs regrets. Au fil des rencontres (avec une troupe de jeunes lutteuses, un prêtre étrange ou encore un flic alcoolique et mélancolique), cette épopée baroque qui va de de paysage sublime en paysage sublime séduit, malgré quelques longueurs, par la volonté de transformer un voyage initiatique qui n’ignore jamais la violence du monde en un chemin d’apprentissage vers une prise de pouvoir de chacun sur son destin.

Pas de distributeur français pour le moment

Illustration : Mārama de Taratoa Stappard / Grindhouse Paradise Pictures

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