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Notre Salut d’Emmanuel Marre

par | 30 Sep 2026 | CINEMA, z - Milieu

La Zone libre d’intérêt 

L’arrière-grand-père d’Emmanuel Marre était collabo. « Pas vraiment un tabou, plutôt un silence dans la famille », explique le co-réalisateur de Rien à Foutre. Cette information est le point de départ de Notre Salut, son nouvel opus qui nous plonge dans la France de Vichy. En 1940, Henri Marre (Swann Arlaud, épatant) débarque en zone libre, avec en poche son manifeste politique qui donne son titre au film. Persuadé que Pétain va sauver la France, il cherche à tout prix une place dans l’administration, et finit par décrocher un poste comme préposé à la lutte contre le chômage. Homme ambitieux et patriote dévoué, Henri n’est pas spécialement un fasciste ardent, il veut avant tout servir sa patrie… Et c’est progressivement, à pas feutrés, que Notre Salut prend des airs de The Zone of Interest version frenchy. C’est en creux des réunions entre collègues, entre deux affiches où est écrit le mot « obéissance », ou au détour d’une discussion sur l’utilisation du mot « rassemblement » au lieu de « déportation », que le film raconte la banalité du mal dans toute sa bureaucratie. L’arrivée de l’épouse d’Henri, Paulette (sublime Sandrine Blancke) dans la seconde partie du film, donne au récit une autre respiration, son personnage incarnant une trajectoire opposée à celle d’Henri, celle d’une désillusion. Au-delà de la force de la démarche de se confronter, à travers son récit personnel, au récit collectif de la France de Vichy et du fascisme de manière générale (« Plus jamais ça ! » a déclaré Marre lors de la première à Cannes, dont le film est reparti avec un prix du scénario), la mise en scène épouse également ce désir de faire dialoguer présent et passé. Dépoussiérant le genre habituellement rigide du film historique, Marre embarque sa caméra au plus près des corps, éclairés par une lumière blanche qui donne l’impression d’immédiateté d’un reportage de journal télévisé. La modernité surgit dans une cravate à paillettes ou par la musique pop eigthies lors des deux ou trois respirations musicales qui ponctuent le récit. Si la majorité de la presse française parlait en mai dernier sur la Croisette d’une « claque » devant ce film résolument puissant, Notre Salut garde pourtant un côté nébuleux et inaccessible. Se refusant à toute contextualisation trop explicite (et tant mieux), le film échappera cependant peut-être à un public international qui n’aura pas toujours « la réf’ » de ce qui se joue entre les non-dits.

Un film écrit et réalisé par Emmanuel Marre. avec Swann Arlaud, Sandrine Blacke, Harpo Guit….Distribution : Condor – 2h39 – En salles le 30 septembre 2026

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